‹ Histoire d'Élisabeth d'AngleterreChapitre 22 sur 210 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

fiques obsèques à sa sœur Marie et une messe solennelle de Requiem pour Charles-Quint.

Élisabeth avait dépêché des ambassadeurs aux princes de l’Europe, afin de leur notifier son avènement. Ces ambassadeurs étaient pourvus d’instructions diverses habilement accommodées aux monarques et aux États. L’empereur Ferdinand et le roi Philippe d’Espagne furent “informés de toute l’affection de la reine pour la maison d’Autriche. Elle assurait les princes luthériens d’Allemagne de son dévouement à la réforme et le pape de son respect envers lui comme envers la conscience des catholiques. Ainsi des autres. Mais chacun démêla promptement la vérité, qui perçait sous le déguisement des paroles. Philippe d’Espagne surtout avait rélléchi. Affranchi de Marie Tudor et content d’être veuf, il renonça au projet qu’il avait eu d’épouser Élisabeth pour posséder l’Angleterre ; il comprit qu’il aurait plutôt à les combattre, car l’une et • l’autre, la femme et la nation, c’étaient le schisme et l’hérésie !

De tous les souverains, celui qui le prit avec Élisabeth sur le ton le plus haut, ce fut Paul IV. Il avait quatre-vingts ans. Il joignait à une opiniâtreté de vieillard une ardeur de jeune homme. Cette fille d’Anne Boleyn lui était odieuse. Il devinait ses tendances et la détestait comme une ennemie future de l’Église. Il avait été surexcité encore par l’ambassadeur de France, qui lui avait révélé le dessein de Henri II et des Guise. Ces tuteurs naturels de Marie Stuart avaient engagé cette princesse à revendiquer la couronne de Henri VII, son aïeul, en s’arrogeant les armes et le titre de reine d’Angleterre. Le pape n’était pas moins que le roi de France et les Guise pour Marie d’Écosse. Il dit donc à Came, le plénipotentiaire anglais, que c’était elle qui était la vraie héritière de Henri VI I et de Henri VIII, la reine de la Grande-Bretagne, ajoutant néanmoins que si Élisabeth consentait à l’accepter pour juge, lui le pape, il aurait toutes les condescendances que lui permettrait le devoir.

histoire d'élisabeth d'anoleterue

Ces intentions étaient aussi manifestes qu’arrogantes, et Carne les transmit sans retard à Londres. Cecil et quelques conseillers intimes appelés à cette confidence furent indignés. Ils pressèrent Élisabeth de repousser le catholicisme, une religion qui la déclarait bâtarde, et d’adopter le protestantisme, une religion qui la ferait légitime. Élisabeth ne balança pas. C’était son projet ancien qui flottait comme une théorie ; en un instant il se détermina et s’accentua comme un intérêt. Seulement Cecil obtint qu’on exécuterait avec prudence cette résolution hardie.

On interdit toutes sortes de sermons dont quelques-uns auraient pu être séditieux, on s’efforça d’intimider le clergé, on destitua sans bruit les fonctionnaires catholiques, auxquels on substitua des protestants ; enfin on nomma une commission chargée de restituer, en la corrigeant, la liturgie d’Édouard VI. Le président de cette commission fut Parker, illustre par son attachement à la reine et par ses aptitudes théologiques. Ce qui effaroucha le plus les évêques, ce fut l’autorisation promulguée par Élisabeth de prier en anglais ; ce fut surtout une proclamation de cette reine ambiguë qui ordonnait l’observation du culte établi, « jusqu’à ce qu’une consultation eût lieu dans le parlement. » De plus en plus alarmés, les évêques s’assemblèrent à Londres, et, après une longue délibération, ils convinrent de rendre hostilité pour hostilité ; puisque l’Église était menacée, ils se promirent de ne point consacrer par leur ministère le couronnement d’une princesse qui aspirait au schisme. Qu’eût-ccdonc étéde l’opposition du haut clergé sans la circonspection recommandée et pratiquée par Cecil ?

Cette opposition cependant, toute limitée qu’elle fût, était un grave embarras. 11 importait qu’Élisabeth fût couronnée reine vite et bien, sans inconvenance de forme et sans contestation, afin de répondre par une concorde intérieure aux malveillances étrangères. Il suffisait pour cela de détacher un prélat de la conjuration sainte. On y réussit. Ogelthorp,

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