LIVRE II
auprès de qui la réforme religieuse sera son plus beau titre. Protéger le protestantisme partout, et partout combattre l’ultramontanisme, — en France, en Écosse, en Hollande, en Italie, telle est la double tâche qu’ Élisabeth se proposa dans sa Tour. Eile y médita avec Cecit d’affaiblir le catholicisme pour se fortifier, se préserver, se consacrer dans son droit. Ni eile, ni ses ministres ne manquèrent à cette œuvre. Voilà, si je ne me trompe, la clef de la politique d’Élisabeth, politique inattaquable tant qu’elle ne fut pas féroce.
Cecil et la reine s’entendirent sur tous les points essentiels. Tandis que le ministre s’efforcerait de la rendre de plus en plus nationale, elle travaillerait à se faire aimer. Rien ne lui était aussi facile. Elle était protestante, superbe, personnelle : en d’autres termes, elle avait la religion, les vices et les qualités de son peuple. Son bon sens d'ailleurs était solide. Elle serait naturellement un miroir vivant dans lequel se reconnaîtrait et s’adorerait l’Angleterre. Elle était ordinairement économe, mais elle serait prodigue si les circonstances l’exigeaient. Elle avait le don de bien placer sa confiance. La justice lui était chère. Elle saurait à propos réprimer un favori avec sévérité, et susciter des troubles au dehors, afin que les puissances trop occupées chez elles-mêmes n’eussent pas le loisir de bouleverser la Grande-Bretagne.
Ces bases de conduite fermement posées, Cecil assembla le parlement. La chambre haute avait été fortifiée de nouveaux pairs réformés : William Parr, marquis de Northampton, frère de la dernière femme de Henri VIII ; Édouard Seymour, comte de Hertford ; Thomas, second fils du dernier duc de Norfolk; le vicomte Howard de Bindon ; sir Olivier Saint-John , lord Bletso ; et sir Henri Cary, lord Ilunsdon. La chambre des communes avait été assouplie et gagnée par des insinuations et par des grâces. L’esprit public soufflait du reste de Londres et des comtés sur Westminster.
Ce qui caractérisa bien l’incertitude inouïe de cette transi-
histoire d’élisaheth d'angleterre
tion, c’est que la reine passa par une messe solennelle bigarrée d’un sermon protestant du docteur Cox, avant d’assister à l’ouverture du parlement ('25 janvier 1559). Le nouveau chancelier, Nicolas Bacon, fit devant elle un discours trèséloquent. Il rappela le règne odieux de Marie, et, par celte ombre habilement jetée, il prophétisa plus brillamment le règne futur. Il engagea, au nom d’Élisabeth, les deux chambres à s’occuper des intérêts domestiques et extérieurs de l’Angleterre ; il les exhorta vivement à déraciner les abus et à régler la religion. Il élabora dans d’habiles développements toutes les questions et finit par déclarer aux lords et aux communes que la reine aurait bien pu se dispenser de leur concours, mais que c’était son plaisir, en les associant à son autorité, d’être par cette condescendance agréable il son peuple qu’elle chérissait. Cette séance fut un événement européen.
La chambre des communes, ajournant un peu les affaires, s’empressa d’envoyer une députation de trente de ses membres à Élisabeth. L’orateur (speaker) qui conduisait cette députation invita humblement la reine à donner, par des noces souhaitées de tout bon Anglais, des successeurs au trône. Le sujet n’était pas du goût d’Élisabeth. Elle se contraignit néanmoins et daigna répondre (10 février) qu’elle n’était point offensée de cette démarche hardie, puisque le parlement suppliait et ne prescrivait pas. « Moi, dit-elle, j’ai toujours préféré et je préfère encore la liberté. S’il m’arrive jamais de prendre un mari, ce sera [jour mon peuple ; si je reste ce que je suis. Dieu pourvoira à mon héritage. Je me ' réserve donc sur ce point délicat ma pleine puissance. Mon vœu particulier, intime, jusqu’i’t présent est de n’avoir d’autre époux que mon peuple, de telle façon qu’on puisse plus tard graver sur ma tombe : « Ci gît Élisabeth d’Angleterre, la « reine vierge ! »
C’était là sa détermination, peut-être sa nécessité. « Il y