LIVRE II
avait en elle, dit un vieil historiographe, quelques manquements et défauts même à l’égard du sexe, rien n'étant parfait en ce monde. » Voilà, vraisemblablement une des raisons qu’eut Élisabeth de refuser le mariage, et les empêchements concernaient plus les enfants que l’époux. Une autre raison de cette princesse énigmatique, c’est qu’elle trouvait charmant de concilier l’apparence de la pureté et la réalité de l’amour en couvrant de sa robe blanche ses meilleures fortunes dans l’avenir. Elle aurait des favoris : n’était-ce pas assez? Une autre raison encore de célibat pour Élisabeth, c’est quelle avait le génie du pouvoir et qu’elle était décidée à n’en partager la gloire avec personne. Elle s’était juré d’être reine et roi tout ensemble, obstinément rebelle au joug d’un mari, méprisant une moitié de trône, impatiente d’un compagnon, implacable à la possibilité d’un maître. Et d’a’illeurs n’avait-elle pas la prétention sans cesse renaissante, la prétention aussi opiniâtre que menteuse de paraître une vestale ? En qualité de reine et de prêtresse suprême, elle entretiendrait le feu sacré. Elle serait proclamée chaste. Entourée de licteurs, son seul aspect sauverait aussi les criminels. Pour achever la ressemblance, elle entraînerait à elle son île d’Albion aux plis de son écharpe, comme Vesta tirait un vaisseau ensablé au rivage avec une frange de sa ceinture. Tel était pourtant l’idéal caressé par Élisabeth à l’aurore de son régne et jusque dans ses dernières années parmi les délices de ses résidences, au milieu des adulations de ses courtisans et des manèges de ses favoris !
Indépendamment des noces de la reine que toute une nation souhaitait pour se préparer une dynastie, le parlement aborda une autre question : l’avénement d’Élisabeth.
Cette princesse était montée sur le trône en vertu du même droit que Marie Tudor, et ce droit venait du privilège conféré par le parlement à. Henri VIII de régler sa succession. Or le roi dans son testament avait disposé de la couronne en faveur
histoire d’élisabeth d'Angleterre
de ses filles antérieurement convaincues d’illégitimité. Mais pouvait-il anéantir ainsi les prétentions justes de la postérité de sa sœur aînée Marguerite? Évidemment non. Donc c’était Marie Stuart d’Écosse, petite-fille de Marguerite, qui était la vraie reine.
Voilà certainement la loi. Le parlement l’esquiva ; — sous l’influence de Ceci! et de l’opinion générale, il ne consulta que la politique.
Il ne déchira pas du livre des statuts l’acte qui frappait de nullité le mariage entre Henri VIII et Anne Boleyn, ni l’acte qui condamnait à mort cette tragique reine comme adultère et comme incestueuse. Elisabeth, en réhabilitant sa mère, craignit de déshonorer son père impitoyable et le parlement ménagea cette susceptibilité. 11 laissa dormir ce passé lugubre et il confirma le testament de Henri VIII. Il fut de plus arrêté solennellement qu’Elisabelh descendant en droite ligne du sang royal d’Angleterre, le sceptre lui appartenait à elle et à ses héritiers, comme il avait appartenu à son père, à son frère et à sa sœur. Des peines furent décrétées contre les ennemis du litre de la reine. Ceux qui attaqueraient ce titre par des paroles subiraient la confiscation des biens, ceux qui tenteraient des conspirations par écrit ou à main armée seraient abandonnés au bourreau.
Le parlement s’engagea ensuite dans une quatrième résolution religieuse.
Henri VIII avait commencé. Il avait crayonné un culte qu’il modifiait sans cesse au gré de son caprice et qui n’était ni romain, ni protestant, mais un mélange arbitraire de la tradition ctdela réforme. Édouard VI, entraîné parsesgouverneurs et par Cranmer, fonda une sorte de calvinisme. Marie rétablit le catholicisme par les supplices ; et voilà qu’Élisabeth réclamait du parlement un changement nouveau. Sous ces quatre règnes, en un peu plus d’un quart de siècle, les mêmes députés, les mêmes lords vécurent de faux serments et d’a-