LIVRE II
postasies, se jugeant et se déjugeant tour à tour, mentant à eux-mêmes et à Dieu, les uns par cupidité, les autres par ambition, les autres par lâcheté. La conscience et l’honneur étaient presque exclusivement dans le peuple et parmi les lettrés, ces grands et intrépides propagateurs des idées dans tous les siècles.
Édouard VI, sous les auspices de Cranmer, avait poussé très-loin les hardiesses. La messe avait été abolie et la coupe restituée au peuple dans la communion. Le mariage des prêtres avait été permis, la présence réelle et la transsubstantiation déracinées. Le purgatoire, les indulgences, la vénération et l’adoration des reliques et des images, l’invocation des saints avaient été extirpés du symbole de foi. La Bible avait été substituée à l’Église et au pape. Des sept sacrements : le baptême, la conlirmation, l’eucharistie, la pénitence, l’ordre, l’extrême-onction et le mariage, deux seulement avaient été conservés : le baptême et l 'eucharistie.
Les plus orageux débats s’étaient élevés dans les ténèbres de l’eucharistie. Ce grand sujet avait été l’occasion de toutes les éloquences, de toutes les absurdités et de toutes les proscriptions.
La messe, selon les catholiques, c’est le sacrifice même du Sauveur renouvelé autant de fois qu’un prêtre prononce sur une hostie la formule sacramentelle. L’hostie consacrée devient en un éclair le corps et le sang de Jésus-Christ et cesse par là d’être du pain. C’est la transsubstantiation de l’Église romaine.
Selon Luther, le pain et le Christ subsistent ensemble. C’est la consubstantiation. Sa cène se distingue ainsi profondément de celle de Calvin, qui est seulement une commémoration du sacrifice de Jésus-Christ.
Édouard VI, Jane Grey et Cranmer étaient morts presque calvinistes. Ils ne croyaient pas à la présence réelle. Pour eux, le sacrifice du Christ ne se reproduisait pas dans la cène: ce sacrifice n’avait été accompli qu’au Calvaire. Ils admettaient
HISTOIRE d’ÉI.ISABETH d'aXOLETERHE
cette doctrine de saint l’aul : Nous sommes sanctifiés par l’oblation du corps du Christ faite une seule fois.
Tous ces articles d’Édouard VI furent adoptés avec quelques modifications par le parlement de 1559 et ravivés par les deux chambres de la convocation de 1562. Le trait qui distingue l’eucharistie anglaise, c’est que « le corps de Jésus- Christ y fut donné, pris et consommé d’une manière seulement spirituelle et céleste. » La hiérarchie et l’épiscopat furent maintenus. La confession fut tolérée et non prescrite. Les cérémonies furent moins nombreuses et moins compliquées, mais les costumes retinrent le luxe catholique. La royauté fut couronnée de la suprématie comme d’une tiare. Une femme eut toutes les prérogatives d'un chef d’Église; elle s’intitula : Gourernanle de la religion ; mot trivialement modeste et qui cachait hypocritement les privilèges entiers de la souveraineté. C’est ainsi que le symbole de foi, ébauché sous Kdouard VI, fut fixé sous Élisabeth en 1559 et en 1562. Nous ne séparons pas ces deux dates, parce que, au point de vue théologique, elles ne sont qu’une môme date, — l’ère du culte anglican.
La fille d’Anne Bolcyn se rattachait A la réforme non moins qu’à la renaissance. La renaissance avait été générale, elle avait frappé à la porte de tous les peuples et y avait gagné son droit de cité. Mais elle appartenait à une contrée de prédilection, à la sensuelle Italie et à un personnage aussi de prédilection, à un pape, à Léon X. La grande faculté de cette renaissance, et de ce pays, et de ce pape, c’est l’imagination. Il faut se hâter de créer le beau et de jouir, car la vie est courte; et, après la vie, c’est la mort, la mort sans réveil. Voilà bien la théorie épicurienne de cesMédicis!
La réforme pénétra partout aus-i, en France, en Suède, en Danemark, en Angleterre; mais avant tout elle fut allemande, comme la renaissance avait été italienne. La réforme est personnifiée par Luther. La grande faculté de la réforme, ce n’est plus l’imagination, c’est la conscience. La morale sacre la ré-