LIVRE II
taie, elle le méprisait. Après une hospitalité splendide reçue dans la résidence archiépiscopale de Cantorbéry, elle dit à la femme du primat, devant le primat lui-même, en prenant, congé d’elle : « Madame, je ne puis vous appeler épouse, je rougirais de vous appeler concubine; quel que soit votre nom, je vous suis reconnaissante de votre courtoisie et je vous remercie de tous vos soins. »
Elle s’appliquait à. elle-même une semblable sévérité. Elle se parait d’une jactance de virginité. Elle rejeta fièremenl d'augustes prétendants; l’archiduc Charles; Éric, roi de Suède, qui se mettait sur les rangs pour la seconde fois ; enfin le dur de Ilolstein, neveu du roi de Danemark. Elle se contenta de confirmer ou de conférer l’ordre de la Jarretière à tous ces princes. Elle l’accorda aussi au jeune duc de Norfolk, au marquis de Northampton, au comte de Rutland et à lord Robert Dudley.
Cependant les conférences de Cateau-Cambrésis étaient ouvertes (février 1559). La France et l’Espagne, pour cimenter la paix entre elles, stipulèrent que Philippe 11 épouserait la fille, et Philibert de Savoie la sœur de Henri 11. L’Angleterre avait aussi besoin de la paix pour faire face aux affaires d’Ecosse. Cecil et ses collègues sollicitaient la restitution de Calais; le roi de France n’y consentait pas. Il fut convenu que Henri II garderait celte place huit années, à l’expiration desquelles il la remettrait aux Anglais ou leur payerait cinq cent mille couronnes. La reine Élisabeth, ayant d’autres projets très-machiavéliques, fut forcée de se résigner à cette condition dérisoire qui couvrait à peine l’honneur britannique.
Henri 11 mourut (juillet 1559) de la blessure qu’il reçut au tournoi de la rue Saint- Antoine. François II et Marie Stuart, souverains de la France et de l’Écosse, furent d’autant plus redoutables à Élisabeth, à laquelle ils disputaient moralement l’Angleterre et l’Irlande. Élisabeth ne tarda pas à être en mesure. Elle noua des liaisons avec les conjurés d'Am-
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histoire d'élisabeth d’angletf.hre
boise et avec les confédérés d’Édimbourg, attaquant Marie Stuart dans scs oncles les (luise, en France, et dans Marie de Lorraine, sa mère, en Écosse. La conspiration d’Anaboisc échoua (mars 15G0). Mais la campagne avec les lords de la congrégation, auxquels Élisabeth envoya une armée sous le commandement du duc de Norfolk et de lord Grey de Wilson, réussit. Le traité d’Édimbourg (G juillet 15G0) fut le fruit sanglant de cette guerre civile et étrangère. Jl fut favorable au protestantisme écossais et à la secrète politique d’Élisabeth. Car François 11 et Marie Stuart s’engageaient, par ce traité, à subir un conseil de gouvernement composé de douze membres, dont cinq seraient au choix des États, et ils accordaient au parlement une sorte de dictature révolutionnaire et religieuse. Marie Stuart promettait en même temps dans une clause formelle d’effacer de son blason les armes et la couronne d’Angleterre. C’était apposer solennellement le double sceau des fleurs de lis de France et du chardon d’Écosce à la légitimité d’Élisabeth. La reine d’Angleterre et d’Irlande tressaillit de cet hommage d.; sa rivale. Sa joie s’accrut à la mort de François II (5 décembre 15G0). Cette mort renversait les Guise et de deux royaumes n’en laissait qu’un, le plus intime, à Marie Stuart,
La fille de Henri VIII ne perdait pas d’occasions. Tandis qu’elle se faisait pape d’une religion chère à son peuple, tandis qu’elle endormait la haine de Philippe II parla dextérité de sir Anthony Brovvne, vicomte de Montacute, et la vigilance de l'empereur Ferdinand par l’habileté de sir Thomas Chaloncr, elle écartait les troubles de son lie en les suscitant chez ses ennemis. Elle dirigeait en France ses agressions contre les Guise, en Écosse contre Marie Stuart ; quand elle essayera d’abattre Philippe 11, c’est dans les Pays-Bas qu’elle concentrera ses efforts. Un autre de ses manèges était d’aborder son peuple directement, face à face. Elle l’attirait par son alïabilité, l’enchantait par son sourire, le gagnait par son équité.