LIVRE II
Elle était de l’accès le plus facile. Elle honorait la noblesse, encourageait la bourgeoisie, secourait les paysans et les ouvriers. Elle lisait elle-même les pétitions du pauvre ou de l'opprimé et y faisait droit. Ses fréquents voyages pendant le cours de son règne furent des expéditions de propagande royale et de haute séduction monarchique. Et ce n’était pas son cœur qui l’entraînait; non, c’était son calcul. Elle avait la stratégie profonde du pouvoir. Tout, jusqu'à Dieu, lui était un instrument de considération, une tactique de popularité.
En quittant la Tour, son premier palais de reine, Élisabeth habita successivement scs autres palais comme pour en prendre possession : — Somersct-House, bâti par le duc de Somerset, protecteur du royaume et oncle d’Edouard Vf, hôtel magnifique dont la terrasse domine le ficuve et qu’ Elisabeth donna à lord Ilunsdon, son cousin; — Westminster, la ruine majestueuse d’une résidence plus vaste brûlée sous Henri VIII; — Wite-IIall, sinistre avant et après Elisabeth, tragique par la disgrâce du cardinal Wolsey, plus tragique par l’échafaud de Charles I" ; — Saint-James, moins digne d’un roi que d’un chancelier; — Greenwich, la maison préférée entre toutes, égayée par la Tamise, par les pelouses et par les futaies où brament encore les daims; — Richmond, les délices de la Grande-Bretagne, l’Eden des Tudors et dont les arbres sont beaux comme les cèdres du Liban; — Hampton- Court, un musée où triomphait déjà le génie de l’art; — Windsor enfin, le château babylonien de toutes les dynasties de l’Angleterre.