LIVRE TROISIÈME
Visites aux lords. — Séduction de la reine dans les différents comtés. — Sa résidence à Nonsuch. — Hospitalité du comte d'Arundel. — Jalousie des lords contre Robert Dudley. — Leicesler soupçonné d’assassinat sur sa femme. — Walter Scott trop indulgent. — Tout le monde croit au meurtre, excepté Élisabeth. — Gorliodw. première explosion du génie dramatique île l’Angleterre. — Perfidies de correspondance entre Élisabeth et Marie Stuart. — La reine d’Angleterre persécute les catholiques. — Dudley chargé du gouvernement de toutes les résidences royales. — Peste terrible en t '>61. — Élisabeth à Windsor. — Portrait officiel de la reine. — Son voyage à Cambridge en toGi. — Son discours en latin. — Son triomphe universitaire. — Les deux filles de Henri VIII et les trois filles de lord Grey. — Lettre de la reine à Henri Sidney sur l’Irlande. — Élisabeth refuse l’argent du parlement. — Sa visite à Oxford en tS66. — Cette fois elle prononce un discours en grec. — Second triomphe universitaire. — Cabot. — Chanecllor. — Ambassade envoyée par Ivan Basilowitz à Élisabeth. — Marie Stuart vaincue se réfugie en Angleterre mai l.’iGH). — Élisabeth la retient prisonnière. — Captivités successives de la reine d’Écosse. — Amour du duc de Norfolk pour elle. — Révolte des comtes du Nord. — Ridolfi h l’Kscurial. — Délibération de Philippe 11 et de ses ministres.
La reine, au mois de juillet de cette année (1500), parcourut les provinces de Kent et de Surrey. Elle s’arrêta chez lord Cobliam à Cobham-Hall, et à JNonsuch chez le comte d’Arundel. L’intention d’Élisabeth, par ces promenades au delà de ses résidences et par ses visites à ses sujets, était de se retremper de plus en plus dans les populations anglo-saxonnes qu’elle ensorcelait mieux de près. Son séjour sous le toit du comte d’Arundel est une date dans la vie de la reine. C’était .sa première campagne de séduction. Elle était escortée par un escadron de ses gentilshommes pensionnaires, une troupe d’un courage héroïque et d’un luxe tout oriental. Ces jeunes gentils-
hommes, qui appartenaient aux plus grandes familles de toutes les zones de l’Angleterre, étaient à eux seuls une cour. Ils étaient brillants comme des officiers de palais, soumis, empressés et fidèles comme des gardes, imposants comme des seigneurs. Le plus pauvre de ces patriciens adolescents avait quatre mille guinées de rente.
Entourée de ses dames, Élisabeth cheminait avec elles et avec ses plus illustres courtisans. C’était une magnificence asiatique. Les fraises et les manchettes de dentelles, les toques ornées de plumes de cygne, les robes de satin et de soie, les manteaux de velours, les bottines galonnées que l’on commençait à exporter de Rus-ie, non moins que les martres zibelines; toutes ces parures choisies, rejetées ou reprises selon la température, relevées d’ailleurs par des diamants traditionnels et des pierreries étincelantes, éblouissaient les foules curieuses que la reine apprivoisait par des familiarités électriques. C’est ainsi qu’elle arriva sous les tours majestueuses de Nonsuch. C’était un château presque royal. A moitié construit par le père d'Élisabeth, il avait été acheté et terminé par le comte d’Arundel d’après les plans de Henri VI IL II avait quatre étages, des terrasses surmontées de tourelles légères, des portes cintrées, des grilles élégantes et- des jardins embaumés qui se prolongeaient en des parcs immenses rafraîchis d’arbres centenaires, d’étangs et de gazons.
Le comte d’Arundel reçut la reine en lord d’Angleterre. 11 fléchit un genou et lui dit qu’elle était dans la maison de Henri VIII, qu’elle la considérât comme à elle; que, pour lui, il était plus lier d’être son hôte que pair du royaume. Elisabeth lui donna sa main à baiser et s’installa très-commodément à Nonsuch. Les fêtes succédèrent aux fêtes. 11 y eut des banquets, des concerts, un bal masqué, une course de chevaux, une comédie jouée par des acteurs venus de Londres. Toutes les heures de la reine furent amusées et célébrées. Lorsqu’elle partit, le comte d’Arundel, un genou en terre