‹ Histoire d'Élisabeth d'AngleterreChapitre 37 sur 210 · I.1VRF. II · texte numérisé non relu

I.1VRF. II

SI

le Seigneur (c bénisse! Continue sur ce ton. » Et l’orateur continua aux applaudissements universels.

Pendant quatre jours, la reine fut louée et louée encore. Elle assista sans se lasser aux cérémonies religieuses, aux sermons, aux dissertations, aux spectacles, aux festins, aux ovations renaissantes. Le quatrième jour, sur les supplications prosternées de Robert Dudley, du duc de Norfolk et de l’évêque d’Ély, elle prononça elle-même un discours en latin que tous les courtisans et tous les professeurs lui attribuèrent, quoiqu’il eût été composé par Cecil. L’admiration générale fut Ponction scientifique d'Elisabeth. Elle dota un écolier qu’on appela l’écolier de la reine et elle se déroba aux flatteries universitaires, méditant un autre triomphe à Oxford nécessaire à sa renommée de reine classique.

A son retour dans sa résidence de Greenwich, elle résolut d’honorer et de combler aux yeux de Ions son cher Dudley. « C’est mon meilleur ami, dit-elle à Melvil, envoyé auprès (Pelle à l’occasion du mariage de la reine d’Ecosse (1565). a Marie Stuart était sur le point d’épouser Darnley, descendant comme elle et comme Élisabeth de Henri VII et leur cousin ii toutes deux. Elle était décidée à partager son trône avec ce jeune lord qu’elle avait aimé d’une soudaine passion. Elle était prête à braver Élisabeth, s’il le fallait; néanmoins elle souhaitait d’obtenir son assentiment. Elle savait que la reine d’Angleterre la détestait profondément, mais qu’elle ne méconnaissait point les droits de la parenté et de la succession. Si Élisabeth ne les proclamait point, ces droits, elle les avouait tout bas, et Marie Stuart désirait garderies bienséances avec elle. Voilà pourquoi elle lui avait dépêché Melvil. L’ambassadeur écossais devait ménager Élisabeth, la flatter, l’incliner à Pindulgence par le choix de Darnley, Marie Stuart se réservant bien de n'obéir à l’oracle que s’il disait le mot de son cœur. La reine d’Angleterre fut diaboliquement dissimulée. Au fond, elle était très-contente. Darnley

n'était qu’un joli fat très-frivole et sans considération. Personnellement nul, il ne fortifierait pas Marie Stuart, et il prenait la place d’un prince du continent qui en s’unissant à la nièce des Guise aurait ajouté le poids d’un royaume étranger au rovaume d’Écosse. Cette grande crainte d’Elisabeth, Darnley l’en délivrait. Elle était ravie ; elle parut indignée. Elle accumulait d’avance dans l’avenir des causes de dissentiment et de rupture. Elle justifia son dissentiment par des soupçons sur Darnley. Elle n’était pas sûre de lui. Son ambition pourrait troubler l’Ecosse et l’Angleterre. Pourquoi Marie Stuart n’épouserait-elle pas un homme dévoué aux deux reines, — Robert Dudley par exemple?

Rien de plus machiavéliquement fallacieux que cette proposition d’Elisabeth. Elle inquiétait par Ht Marie Stuart; par là elle disait à tous que Dudley ne lui était qu’urt serv iteur. Et en même temps elle le forçait, lui, à la préférer hautement^ à faire litière à ses pieds de sa rivale abhorrée. Dudley ne manqua pas à sa situation. 11 n’épargna ni ses soupirs, ni ses admirations à Élisabeth, ni ses sourires de dédain, ni ses railleries à Marie Stuart, assurant avec l’aplomb d’un fourbe et l’etïronterie d’un faussaire que tout l’esprit, toutes les séductions de la reine d’Ecosse ne valaient pas un seul cheveu de lareinc d'Angleterre. Il enivra Elisabeth d'un parfum nouveau de flatterie et elle ne fut pas ingrate. Elle l’éleva de plus en plus dans la hiérarchie aristocratique et dans le ciel de son estime. Elle le mena solennellement à Westminster et, en présence de l’élite de la cour, sous les yeux de l'ambassadeur de France et de Melvil, elle le nomma baron de Dcnbigh, comte de Leicestcr et seigneur de Kenihvorth dont elle lui donna le château et la terre. Dudley reçut à genoux ces honneurs. Ce fut la reine elle-même qui lui posa la couronne et qui lui agrafa le manteau. Son amour de femme éclata soudain sous sa gravité de reine. Elle surprit tout le monde « en posant sa main sur le cou nu de Leicestcr et en le caressant folle—

Page 1