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LIVRE III

elle éloignait à l’occasion le comte de Sussex par une ambassade. En réalité, l’ascendant de Leiccster ne peut pas être plus contesté que celui de Cecil. Mais Elisabeth restai! indépendante de l’amant comme du ministre, et, tout en les consultant, elle les traitait de haut.

Elle frappa, vers cette époque, Marie Grey qui, à l’exemple de sa mère, avait épousé selon son cœur et non selon son rang un honnête homme. Il occupait un poste modeste et s’appelait Martin kays. Elisabeth, pour châtier lady Marie de cette mésalliance, la fit jeter en prison. Cette sœur de Catherine et de Jane Grey mourut jeune et n’avait pas vécu heureuse. Sous la haine des deux filles de Henri VIII, les trois filles de lord Grey expirèrent, l’une noyée dans son sang, les autres dans leurs larmes. Cette charmante branche de SulTolk sécha vite sur la tige royale d’où tombèrent tragiquement les plus belles fleurs.

Élisabeth s’inquiétait peu des suites de ses duretés. Elle s'en distrayait soit par une toilette nouvelle ou une conversation avec Leiccster, soit par un acte ou une théorie de politique. Dans la sphère du gouvernement, elle avait vraiment de la grandeur. La férocité éclatait parfois. Elle n’a qu’un principe : son autorité ; rien pour elle n’est sacré que cela. Aussi comme ce principe, s’il la rend cruelle, la rend énergique., éloquente! C'est une reine idéale et réelle à la fois. Elle allumait le génie de Shakspeare et elle égalait par moments le génie de Machiavel. Qu’on lise sa lettre à sir Henri Sidnev sur l’Irlande de 1505. Ne dirait-on pas que cette lettre a été écrite avec la plume virile, incisive, du grand secrétaire de Florence ?

Les affaires d’Irlande furent toujours le souci d’Élisabeth. Elle déplorait l’anarchie que l’insubordination et les jalousies des chefs entretenaient, au grand dommage de leur patrie et de la prépondérance anglaise. A l’occasion d’une querelle locale entre le comte d’Ormond et le comte de Desmond, elle trace

histoire d'élisabeth d’angleterre

à Henri Sidney, le beau-frère du comte de Leicester, le père du grand et bon Philippe Sidney, la conduite qu’il faut tenir dans l’orageuse administration de l’Irlande. Ce n’est pas là le style froid d’un ministre, c’est le style original d’Elisabeth, son accent impérieux, sa voix ferme, nette, vibrante, presque gaie dans le commandement. Voici ce document, l’un des plus curieux assurément et des plus précieux de la vaste correspondance du seizième siècle :

« Henri, si la faiblesse des mesures que nous avons prises « relativement à la querelle des deux comtes irlandais ne for- « çait ma main, vos yeux ne seraient point fatigués d’un tel

• griffonnage ; mais avertie par une première faute et craignant « qu’il n’arrive pis, je vous ordonne de veiller à la situation « de mes sujets d’Irlande. Cette situation est désastreuse. « Faites que je n’entende plus répéter que d’autres traîtres « ont reparu et que notre but est manqué. Sachez distinguer « les amis véritables des faux amis. Récompensez ceux qui « ont bien mérité de moi et par là encouragez tous les autres. « Les œuvres de Desmond n’ont point été conformes à ses « paroles; ne recevez de lui d’autre otage que lui-môme... « Désormais je serai Prométhée (la perspicacité ardente) ; « trop longtemps j’ai été Épiméthée (l’imprévoyance). Violati- « dum jus regnandi causa : il faudrait même violer le droit « pour régner.

« Quels que soient les serments, ne croyez pas à leur sin-

* cérité. J’espère que j’aurai en vousundiligentservitcuretque « tous ceux qui seront employés par vous feront leur devoir.

« Je m’efforcerai d’adoucir le mal qui existe, si je ne puis le « guérir entièrement. Ne soyons pas tellement longs à déli- « bérer que les décisions viennent trop tard, et ne perdons « point le temps en paroles au lieu d’agir. Toujours conseiller « et ne rien accomplir, c’est nouer sans cesse et ne rien atta- « cher. Si le métier du tisserand est mauvais ou sa toile mal

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