‹ Histoire d'Élisabeth d'AngleterreChapitre 48 sur 210 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

légers courtisans de ce règne. 11 osa une action plus sérieuse que beaucoup de graves lords, qui ne balancèrent pas 5. déserter le duc de Norfolk dans son infortune. Sans souci de déplaire à Élisabeth, dont il s’intitulait le défenseur, sir Henri Lee, l’ancien obligé du duc, était accouru là. au nom de la reconnaissance et de l'honneur, comme Alexandre Nowell au nom de la religion, pour consoler les derniers instants de Norfolk.

Pendant les quelques minutes que le duc s’entretint avec Nowell, près du bourreau et de la hache, sir Henri eut le courage de s’adresser au peuple, l’adjurant d’invoquer le ciel pour son malheureux ami.

Le duc parla à son tour. 11 déclara que son arrêt était juste, et qu’il avait trompé sa souveraine en lui promettant de rompre toute relation avec la reine d’ Écosse. Soulagé par cet aveu, et s’abusant lui-même sur ses complots passés par ses intentions présentes, il protesta qu’il n’avait pas cessé d’être fidèle à Élisabeth, à la religion réformée et à l’Angleterre.

Son allocution finie, le duc, jetant un long regard sur la foule, mit la main sur son cœur. Il pardonna à. l'exécuteur, « auquel il lit largesse d’une bourse d’angelots. » 11 embrassa successivement et avec effusion Alexandre Nowell et Henri Lee, le prêtre et le chevalier qui ne l’avaient point abandonné; puis, se prosternant, il posa sa noble tète sur le billot. Le bourreau l’abattit d’un seul coup.

Le peuple poussa un grand cri. Les paroles dn duc, son attitude, sa belle figure, où le regret luttait avec l’héroïsme et qu’illuminait la flamme d’un amour fatal à travers l’horreur même du supplice, tout cela avait ému la multitude. Ceux qui le croyaient criminel le plaignaient; plusieurs niaient sa culpabilité et déploraient sa mort tragique. Les femmes pleuraient et publiaient hautement son innocence.

Les restes du duc de Norfolk furent transportés dans la chapelle voisine, dédiée à saint Pierre. C’est là. qu’étaient

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enlerrés les condamnés illustres. C’est là que reposent, avec le duc de Norfolk, l’évêque de Rochester, Jean Fischer; Anne Boleyn, George Boleyn, son frère; Jane Grey, Thomas Alorus, la comtesse de Salisbury, et tant d’autres victimes du despotisme royal.

Marie Stuart avait attiré peu à peu le duc de Norfolk dans la trahison. Avant d’y consentir, il avait perpétuellement flotté entre le protestantisme et le catholicisme, entre la loyauté et la félonie. Malgré ses dénégations sur l’échafaud, le duc avait voulu déposer Élisabeth et rétablir le papisme. 11 avait autorisé Ridolfi, le correspondant des nonces, à nouer des intrigues criminelles et à obtenir du pape, du roi d’Espagne, du duc d’Albe, des secours d’hommes et d’argent pour la double contre-révolution religieuse et politique dont il préparait les éléments, dont il amassait les orages. Les instructions de Marie Stuart et de Norfolk à Ridolfi sont conservées dans les archives secrètes du Vatican, et ne laissent aucun doute sur les intentions des deux illustres conspirateurs. Ces instructions sont confirmées et aggravées encore par l’interrogatoire de Ridolfi à l’Escurial.

Norfolk eut tort de balbutier, de sous-entendre une justification impossible; il eut raison de se résigner sans murmure au jugement qui le frappait.

Marie, en cette cruelle conjoncture, ne poussa pas de ces rugissements terribles que lui arracha, dans la maison du lord prévôt, à Edimbourg, sa séparation d’avec Bothwell. Pour ne pas achever de se compromettre jusqu’à la mort dans une cause qui était la sienne, elle amortit, elle étouffa ses sanglots. Elle resta trop maîtresse d’elle-même sous la terreur que lui inspirait Élisabeth.

Tout ce qu’elle a entrepris avec imprudence, tout ce qui est évident comme la lumière, elle le dément, selon sa coutume.

Elle n’a chargé Ridolfi d’aucune mission suspecte; elle n’a

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