LIVRE IV
pas songe à remettre son fils entre les mains de Philippe II.
4 Si on dyt que j’ay imploré l’ayde du roy catholique en t quelque sorte que ce soit pour susciter aulcune rébellion en * ce pals, cella est faux et malitieusement controuvé. »
Elle va plus loin. Après avoir nié résolument la conspiration, elle renie presque Norfolk :
« Le duc de Norfolc est subjet de cette royne, duquel elle « peut veriflier les soubçons conçus contre luy, si aulcuns en « y a; mais, voyant l’estât présent où il est, je ne me trouve, « Dieu mercy, si dépourveue de sens, que je ne cognoisse « combien peu me servyroit d’avoir aulcune intelligence avec « luy, et le danger que par ce moyen je pourrois encourrir. »
Plus tard, elle revient un peu sur cette lettre à M. de la Mothe-Fénelon. Dans un moment de honte et dans un réveil de courage, elle lui écrit :
« Je suis bien marrie de l’intention de ceste royne à. l’en* » droict du duc de Norfolc, et prie Dieu qu’il la veuille re- « tourner.
Puis, après l’exécution de la sentence (à lord Burleigh, 10 juin) :
« J’ai receu la trisle nouvelle... » , et rien de plus.
Quelques écrivains ont reproché à Marie Stuart son insensibilité. C’était la peur, hélas! qui opprimait la reine d’Ecosse, malgré son audace, et qui la rendait prudente. Le danger était pressant. Le parlement d’Angleterre, en demandant l’exécution du duc de Norfolk, avait supplié Élisabeth, dans la même pétition (28 mai), de livrer au bourreau Marie Stuart. Élisabeth, violemment tentée, n’osa pas encore... mais Marie trembla.
L’aristocratie fut décapitée en Norfolk. Il n’y eut pas cependant de réaction. A la honte de la nature humaine, la tyrannie ne blesse que ceux qu’elle frappe. Elle accoutume A elle, si elle est puissante, surtout si elle s’exerce dans un sens national. Presque tous s’inclinent alors, et ils sont rares les carac-
HISTOIRE d'ÉLTSAUETH D’ANGLETERRE
tores magnanimes qui haïssent le despotisme avec désintéressement, hors de leurs propres offenses. Le crime d’Élisabeth sur Marie Stuart avait été amnistié; la sévérité qu’elle déploya contre Norfolk le fut à plus forte raison. Les catholiques seuls furent exaspérés.
Parmi les protestants, il y eut peu de regrets hardis. Il yen eut toutefois. Le comte deSussex versa des larmes en recevant la croix de Saint-George que lui avait léguée le duc de Norfolk. Le comte d’Oxford, l’oncle de Norfolk, ne cacha pas son affliction. 11 la ressentit en seigneur féodal qui perd un homme de sa race et en poète qui perd un ami; comme Sackville, maintenant lord Buckhurst, Oxford joignait h l’àpre énergie des camps la délicate sensibilité des lettres. Sir Charles Howard, le plus beau et le plus témérairement brave des lords, l’un de ceux qui combattront Y Armada en héros, déplora sans contrainte le supplice du duc de Norfolk, son noble cousin. Sir Henri Lee, descendu de l’échafaud où il avait assisté Norfolk par sa tendresse et par ses prières aussi bien et mieux qu’un prêtre, continua de porter le deuil de l’infortuné duc. Toutes ces douleurs sincères et courageuses furent connues d’ Élisabeth. Loin de les punir, elle les honora, c’est une justice ii lui rendre. Ni Sussex, ni Oxford ne furent disgraciés; Charles Howard sera même élevé plus tard au poste de lord grand amiral, et sir Henri Lee sera décoré de l’ordre de la Jarretière.
Élisabeth cherchait it s’affermir en ménageant l’opinion de l’Angleterre, en travaillant par sa diplomatie les ministres influents de l’Italie et de l’Espagne, de la France, des Pays- Bas et de l’Écosse, en agitant par ses subsides les foules protestantes dans tous les pays. Elle étouffait les insurrections dans son île, mais, hors de son île, elle les suscitait et les soudoyait.
Elle se fortifiait encore par les vives intelligences, les puissantes volontés et les rares talents qu'elle attirait autour de