‹ Histoire d'Élisabeth d'AngleterreChapitre 51 sur 210 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

femme, de Catherine de Médicis ! Sans l’évidence, une évidence complète, infaillible, ce serait à en douter!

Eh bien ! c’est cette reine de la Saint-Barthélemy, Catherine de Médicis, sur laquelle mon attention a été rappelée, mon scrupule éveillé par la détestation de l’Angleterre au bruit des tueries royales déchaînées du Louvre. La colère est souvent injuste, et j’ai résolu de repasser sur le jugement prononcé par moi dans mon Histoire de la liberté religieuse , afin de le maintenir si je ne m’étais pas trompé, ou de le désavouer si j’avais été dans l’erreur.

J’ai donc tout relu, tout creusé de nouveau. J’ai repuisé aux sources, aux mémoires, aux documents divers; j’ai revécu avec les ambassadeurs vénitiens, ces grands peintres de la parole, comme Titien et Véronèse sont de grands peintres de la couleur.

Quatorze de ces ambassadeurs ont consacré leurs talents à Catherine de Médicis. Ils la montrent jusqu’à la mort de son mari une femme en désir d’enfants. Elle en eut dix. Elle avait pris tant de potions ensorcelées, consulté tant de nécromanciens, brûlé tant de cierges pour obtenir cette belle faculté de la génération, la plus belle de toutes pour une dauphine, puis pour une reine !

Selon Contarini, elle se contentait du bonheur de renouveler la famille autour de Henri IL La duchesse de Yalentinois daignait la favoriser « en exhortant le roi à dormir avec la reine. » L’influence souveraine suffisait à la grande sénéchale, qui d’ailleurs n’était plus jeune et qui laissait l’autre rôle à sa rivale modeste. Catherine était assez aimée par Henri II dans ces limites, quoiqu’elle n’eût pas de beauté. Car si elle avait la taille assez grande, elle était pesante comme son oncle Léon X. Elle avait la bouche très-fendue, les lèvres lourdes sur des dents proéminentes, les yeux gros, blancs et durs. Et avec cela, — bien mise, insinuante, spirituelle, enjouée, facile au rire diabolique ou aux attendrisse-

lit

ments perfides, .apte à tout simuler et à tout dissimuler, partant faite pour gouverner à la manière florentine.

En 1559, un peu avant la catastrophe de Henri II, Catherine affectait un dévouement absolu au roi, soumise en apparence à la duchesse de Valentinois et ne demandant qu’à élever les enfants de France, dans l’àme desquels, par une prévoyance perverse, elle semait son influence.

Dès le premier moment de son veuvage, elle essuya ses larmes de crocodile, comme on les appelait; elle congédia avec des égards ironiques la duchesse de Valentinois et le connétable de Montmorency, elle installa les Guise et appela L’Hôpital. Elle avait hâte de régner.

Elle régna en effet sur ses fils et sous ses fils. Elle les perdait et ne les regrettait pas, pourvu que le pouvoir lui restât. Elle louvoyait entre les partis. Elle écrivait à ses filles et dévoilait sa politique. Si elle avait un bon mouvement sur vingt mauvais, elle s’en excusait auprès de Philippe II et auprès du pape. Lorsqu’on publiera les cinq ou six mille lettres qu’ elle a partout, dans le fonds Béthune à la Bibliothèque impériale, dans les archives du duc d’Aumale, héritier des Condé, çà et là en Italie, en France, à Saint-Pétersbourg, je ne crois pas qu’elle en soit justifiée.

Indépendamment, de tant d’autres témoins, j’ai consulté les ambassadeurs vénitiens qui ont le mieux connu Catherine : — Giovanni Michieli, — Michel Suriano, — Marc-Antonio Barbaro, — Giovanni Correr, — Alvise Contarini, — Sigismondo Cavalli... Qu’ai-je trouvé? Je vais le dire. Malgré les avances de la reine, une Italienne comme eux, une princesse qui les enveloppait d’embûches, qui les enivrait de philtres, qui se disait toute à eux et à la république, aux doges et à la seigneurie; malgré tant de manèges et de trappes, tout bienveillants qu’ils soient, ces nobles ambassadeurs ne sont pa« tout à fait dupes. Cette amie de Strozzi l’athée leur inspire quelque défiance ! cette meurtrière de Colignv les cons-

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