LIVRE IV
terne! cette tentatrice de ses fils les déconcerte! Michel Suriano s’écrie : « Ver; libi , terra cujus est rex puer ! Malheur à toi, ô contrée dont un enfant est roi ! » — « La reine, dit-il encore, est timide, irrésolue et toujours femme. » Marc-Antonio Barbaro dit de son côté : * La vérité est que scs tergiversations sont extrêmes, et que d’une heure à l’autre on l’entend concevoir des choses nouvelles. l)u soir au matin et du matin au soir, elle change do desseins deux ou trois fois par jour. »
Et Giovanni Michieli ( llclazione délia corle di Francia, 1572;, voici comment il parle au doge, en plein sénat, dans une séance solennelle et secrète :
« Que Votre Sérénité sache que toute cette action (la Saint- « Barthélemy) a été l’œuvre de la reine (Catherine de Médi- « cis), œuvre combinée, tramée et dirigée par elle avec la « seule participation de Monseigneur d’Anjou son fils. Il y a « déjà longtemps que la reine avait conçu ce projet. Elle « avait même chargé Monseigneur Salviati, son parent, nonce « actuel à la cour, de confier tout au pape défunt en l’assu- « rant que le plus tôt possible il verrait les vengeances qu’elle « et le roi exerceraient contre ceux de la religion. »
Ce témoignage est péremptoire, irréfragable, parti d’un tel homme, d’un catholique, d’un ambassadeur si considéré, dévoué d’ailleurs à la reine et aux Valois. Michieli confirme le Journal de Miron et ajoute une authenticité de plus à mon récit de la Saint-Barthélemy dans l’ Histoire, de la liberté religieuse.
Aussi, puisque, dans un accès d’impartialité, j’ai révisé le procès, je déclare de nouveau Catherine de Médicis coupable. — Oui, coupable, elle qui se vantait d’être modérée et qui commit la plus noire violence de tous les siècles ; elle que l’évidence éclaire et accable de toutes parts; elle qui se moquait des serments et qui préférait par goût le mensonge même inutile ; elle qui, la veille des massacres, s’en taisait féro-
HISTOIRE d’ÉIJSABETH d’ ANGLETERRE
cernent à sa fille la reine de Navarre, au risque de l’exposer à la mort! Marguerite pousse, dans ses Mémoires, un cri accusateur, — et ce cri condamne Catherine, cette reine qui ne fut ni femme, ni mère.
Certes elle est mille fois coupable; mais fut-elle du moins supérieure? Non, à mon gré. On a du génie malgré le crime, on. n’en a pas à cause du crime. Le crime ne prouve pas nécessairement le génie, il prouve le plus souvent le contraire. Car le crime commence et finit toujours par être une bêtise, et il est une malhabileté, même lorsqu’il réussit. Qu’est-ce donc lorsqu’il échoue ?
Or Catherine échoua. Klle ne sauva ni la France, ni sa dynastie, ni son pouvoir personnel. Abandonnée à la fin de son dernier fils, de Henri III qui s’affranchit du joug, elle mourut désespérée, à Blois, lasse de ce monde, incrédule à l’autre, haïe, bafouée, en horreur aux uns, en mépris à tous les autres, léguant à l’avenir des exemples exécrables et une renommée maudite.
Élisabeth, qui ne fut pourtant pas d’une vertu bien haute, était une princesse très-morale auprès de Catherine de Médicis. Klle eut surtout plus de portée d’esprit. Quoique trèsirrésolue, comme l’Italienne, et très-mobile, elle savait se décider à temps et montrait plus de déférence à lord Burleigh que Catherine au chancelier de L’Ilôpital. Elisabeth avait à un bien autre degré le tact de la royauté. Elle choisissait admirablement ses hommes d’État.et les maintenait énergiquement hors de la sphère de ses passions. Voilà, pourquoi elle-même est une femme d’Etat, tandis que Catherine, à laquelle on a osé la comparer, n’est qu’unc intrigante. Elle mérite bien le nom qui lui est donné dans la Description de l'isle des Hermaphrodites, le nom de Varia. Elle change, elle joue, elle se dément, elle renie tout ce qui est sacré ! — Varia in sceleribus, disait âprement et justement d’Aubigné.
Quelle que fût l’indignation d’Élisabeth en apprenant la