‹ Histoire d'Élisabeth d'AngleterreChapitre 54 sur 210 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

•comte de Shrewsbury que Leicester (1573) est de plus en plus assidu et tendre auprès de la reine. En même temps il se laisse adorer par lady Howard et lady ShelHeld. 11 aime lady Sheflield et leur liaison est intime. Élisabeth est jalouse, mais personne n’ose l’éclairer. Rien n’était plus vrai que ces renseignements. Leicester, pendant la vie de lord Sheflield qu’il abrégea peut-être, aimait sa femme; veuve, il l’épousa et il eut d’elle un fils à qui il légua une grande fortune. 11 ne dérobait pas tout à Élisabeth, quoiqu’il écartât par l’épouvante les dénonciateurs. La reine lui rendait inquiétude pour inquiétude. Ilatton, malade cette année, l’absorba tout entière.

Elle le visitait chaque jour, à la grande colère do Leicester.

Elle ne suspectait pas que ses favoris; elle se méfiait de ses serviteurs les plus éprouvés. Le comte de Shrewsbury, Burleigh lüi-même lui parurent des traîtres. La preuve des injustices et des violences de la reine est partout, nulle part cependant avec un accent si intimidé que dans une lettre du grand ministre d’Élisabeth. Le comte de Shrewsbury avait demandé pour son plus jeune fils à. Burleigh la main de sa fille. Burleigh sent profondément un tel honneur, et toutefois il l’esquive. Sa fille est trop jeune, dit-il, et puis la reine croirait à une entente perfide, à un complot entre les deux lords. « Pendant mon séjour dernier à Buxton, écrit Bur- « leigh au comte de Shrewsbury (1575), quelqu’un qui ne « m’aime pas a tiré parti de mon absence pour confirmer Sa « Majesté en un soupçon que déjà on s’était efl'orcé de faire « naître dans son esprit, et lui a persuadé que je n’étais point « disposé à seconder ses mesures à l’égard de la reine d’ Écosse,

« dont j’étais le partisan. Mon dernier voyage à Buxton a achevé «

« de convaincre Sa Majesté, et elle a cru qu’il n’avait eu lieu « que dans l’intention d’entrer en relation avec la reine « d’Écosse, par vous, milord, et par milady votre femme.

« Lorsqu’à mon retour je parus en présence de Sa Majesté,

« j’eus à supporter de vifs reproches avec l’accusation mani-

HISTOIRE D'ÉLISAHETH D- ANGLETERRE

« festede favoriser la reine d’ Écosse; et cela me fut dit d’une « manière à laquelle je ne me serais jamais attendu...

« Si donc le bruit se répandait qu’il existe un projet dema- « riage entre nous deux pour nos enfants, on ne manquerait « pas de tirer parti de cette circonstance pour augmenter la « malveillance de Sa Majesté... Milord, je vous prie d’excu- « ser mon griffonnage, que Votre Seigneurie ne lira peut-être * pas sans difficulté; néanmoins je n’aurais pas voulu confier « ce sujet à une autre main que la mienne. W. B. »

On ne peut vraiment calculer la pression de cette exigence d’Élisabeth soit sur Burleigh, soit sur Walsingham. Aussi s'armeront-ils contre Marie Stuart de toute la force de leur dévouement au protestantisme et à eux-mêmes! Qui affirmerait que le comte de Shrewsbury lui-même n’abandonnera pas sa captive, tout en gémissant?

Elisabeth était atrocement personnelle dans son intimité avec tous et avec toutes. Elle avait moins de petitesses dans la politique, où elle déployait souvent une haute raison, quelquefois de la magnanimité. Le prince d’Orange lui ayant offert, au mois de janvier 1 570, la souveraineté ou le protectorat de la Hollande et de la Zclande, elle eut la vigueur de vaincre son désir et de refuser. Peut-être ne se reconnaissait-elle pas le droit de soustraire des sujets à un souverain ; peut-être ne voulait-elle que persisler dans une modération qu’elle avait pratiquée jusque-là, excepté avec Marie Stuart. Quoi qu’il en soit, après une longue hésitation, elle déclara aux envoyés de Guillaume qu’elle n’accepterait ni l'empire, ni la suzeraineté sur eux, mais qu’elle s’emploierait à les réconcilier avec Philippe 11. Tout, en aidant les insurgés, Élisabeth heurtait le moins possible les gouvernements. Elle n’aspirait qu’à une Angleterre tranquille et à une Europe troublée, où, sans paraître l’ennemie des princes, elle semblerait la providence des nations. L’ambiguïté était pour elle un génie, un égoïsme, une prudence, et lui permettait d’agir dans l’ombre sans trop se

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