LIVRE CINQUIÈME
The Family of Love. — Persécution contre les anabaptistes. — La raison d'État. — Fêtes de Kenilworlh (1576). — William Shakspeare. — La maison de son père à Stralford-sur-l’Avon. — Présence du jeune cardeur de laine à Kenilworlh. — Un autre enfant de génie à Greenwich. — François Bacon. — Les duels. — Richesse nationale. — Progrès du luxe et de la civilisation. — Mort de Walter d'Essex, père de Robert. — Leicester a deux femmes. — Élisabeth ne veut rien savoir. — L’influence du comte croissante. — Une lettre d’Élisabeth. — llalton. — Oxford. — Blount. — Raleigh. — Simler. — Le duc d’Alençon devenu duc d’Anjou et Monsieur. — L’ Euphuisme. — Conseil de Sussex à la reine. — Amour d’Élisabeth pour Monsieur. — Elle y renonce. — Intervention de Philippe Sidney. — Stubbs. — Férocité de la reine. — Lettre de lord Talbot. — Le duc d’Anjou trahit la Hollande. — 11 meurt. — Élisabeth est affranchie.
— L'Église anglicane. — Parker, Grindal, Whitgift, j>rimats successifs.
— Tyrannie d'Élisabeth sur tout ce qui l’entoure. — Expédition des Espagnols contre l’Irlande. — Le lord député Arthur Grey. — Le comte et la comtesse de Desmond. — Walter Raleigh. — Sa liaison avec Spenser en Irlande. — Ses succès auprès de la reine. — Commérages de l’aristocratie. — Lettre curieuse de Marie Stuart. — Malgré tout, Élisabeth une idole. — Elle ménage ses communes. — Sa force dans le protestantisme. — Rôle de chacun des ministres avec les sectes. — Secours aux Pays-Bas. — Leicester général en chef. — Sa nullité. — Philippe Sidney.
— Son courage. — Ses talents. — Sa blessure. — Sa mort. — Leicester est rappelé. — Sa faveur continue. — Conspiration de Babington et de ses amis. — Livrés au bourreau. — Marie Stuart compromise.
La reine eut la main moins heureuse dans la sphère des consciences. Pour elle la religion n’étant qu’une question de gouvernement, elle croyait pouvoir contraindre là où Dieu seul est roi. Elle condamna aux cachots des sectaires appelés llie Family of Love, lafamille de l’amour, espèce d’avant-garde des mormons. Ces malheureux étaient destinés au bourreau, s’ils ne se rétractaient pas. Ils se rétractèrent tous et furent
histoire d’Élisabeth d’anoleterre
relâchés. Beaucoup d’anabaptistes avaient été aussi incarcérés. Ceux qui renièrent leur foi reconquirent par là leur liberté. Mais deux d’entre ces persécutés 11e cédèrent pas et furent livrés au bûcher. Ces martyrs inspirent encore un intérêt profond, d’autant plus que les anabaptistes d’Angleterre n’étaient pas dissolus et féroces comme les anabaptistes d'Allemagne. C’ctaient de simples théistes, très-scrupuleux et très-doux, les modèles et les ancêtres des quakers. Ils furent appelés anabaptistes, parce qu’ils repoussaient le baptême des enfants et qu’ils ne tenaient pour efficace que le baptême des adultes.
Élisabeth ne se troublait pas pour quelques supplices. Fille 11e témoigna ni joie, ni douleur, après ces exécutions. Pourquoi ces hommes n’obéissaient-ils pas? Ils étaient plus que des hérétiques, ils étaient des séditieux. Élisabeth agitait sans doute ces pensées et s’enhardissait probablement par ces meurtres vulgaires au plus grand meurtre de son règne. Elle s’était accoutumée peu à peu à ne consulter que la raison d’État, celte divinité barbare dont les autels sont inondés de sang. La reine d’Angleterre l’invoquera pour son autorité, pour sa haine, pour sa jalousie, et, avec cette belle excuse de la raison d’État, elle osera tout, justifiera tout.
Elle dirigea cette année (1570) son voyage politique vers le comté de Warwick. Leicestcr la reçut au château de Kenilworth, qu’il devait à la munificence de la reine, et cette hospitalité de Kenilworth eut une telle splendeur qu’elle est presque une date de l’histoire. Élisabeth arriva dans le comté de Warwick avec toute sa cour. Lorsqu’elle approcha du château de Leicester elle aperçut, en longeant l’étang aux premières teintes du crépuscule, une île flottante qui la suivait et d’où la fée de ce petit lac chantait, aux flambeaux tenus par des nymphes et aux sons d’une musique ravissante, des louanges en l’honneur do la reine. A l’entrée du pont qui conduisait au château, Élisabeth fut accueillie par une troupe