LIVRE
souvent de lui en demander la permission. 11 lui arrivait de décrocher son ceinturon et de déposer son épée sur les livres ou à travers les colliers de la princesse. Plusieurs fois, il se fit ôter ses bottes devant Élisabeth et y substitua une chaussure plus commode.
La princesse se vengea un soir que Beddingfield fermait lui-même avec soin la grande porte des jardins. « Vous n’étes qu’un geôlier, » lui cria-t-etle.
Le rude soldat dont le cœur valait mieux que l’écorce se sentit dégradé par ce mot. 11 suivit Elisabeth au château, et là, fléchissant un genou, il la supplia de le considérer comme un gentilhomme.
Quelle fut la réponse de la princesse et quel fut le pacte entre elle et l’officier de Marie? On l’ignore. Ce qui est certain, c’est qu’ Élisabeth reine ne témoigna aucun ressentiment à Beddingfield dont la grossièreté cachait sans doute une diplomatie très-fine. Il inspirait par ses rigueurs confiance à Marie Tudor, et, sous scs airs farouches, il était le défenseur vigilant de sa prisonnière qu’il préserva, dit-on, des assassins déchaînés plus d’une fois à Woodstock contre la princesse. Ces suppositions sont logiques, si l’on réfléchit que le capitaine des gardes fut dans la double faveur de Marie et d’Élisabeth, ses souveraines l’une après l’autre. Il eut les sollicitudes de la loyauté avec des manières brutales.
Élisabeth refusa pour époux le duc de Savoie, puis Eric, fils aîné du roi de Suède, afin de ne pas renoncer à l’Angleterre.
L’arrivée de Philippe d’Espagne, le fiancé de la reine Marie, fut un événement heureux pour Élisabeth. Ce prince débarqua dans l’île, le 25 juillet 1554. Il était accompagné,de Medina-Cœli et d’Alva, de l’amiral de Castille et de Ruy Gomez. Il fut reçu par le duc de Norfolk, les comtes de Derby, de Shrewsbury et d’Arundel. Il accepta respectueusement l’ordre delà Jarretière. Il se félicitait d’avoir été choisi
histoire d'élisabeth d’angleterre
par la reine. Il déclara qu’il venait vivre en Anglais parmi les Anglais et que son cœur était avec eux. La vérité est que, malgré les apparences, les deux plus âpres orgueils de la terre, l’orgueil espagnol et l’orgueil britannique se mesurèrent et se haïrent d’une profonde haine. Élisabeth, déjà la personnification de l’Angleterre, grandit de cette haine contre l’étranger, et l’amour qu’elle inspirait redoubla.
Le 27 juillet, (Jardiner donna la bénédiction nuptiale à Philippe et à Marie dans la cathédrale de Winchester. Les époux jurèrent de rester fidèles aux libertés du royaume.. Ils sortirent de la messe, sous un dais, une épée nue portée devant eux, emblème des cruautés de ce règne. Le roi et la reine s’acheminèrent à Windsor.
(Jardiner, leur ministre dirigeant, avait été le flatteur de Henri VIII ctl’insulteur de Clément VIL Dans son fanatisme, il avait l’esprit assez politique pour comprendre que la condition préliminaire au retour de la nation anglaise vers l’Église romaine, c’était une bulle qui rassurerait les acquéreurs des propriétés des couvents. Gardiner convainquit de cette nécessité le roi et la reine. Charles-Quint se rangea de cet avis et retint en Flandre le cardinal Polus, légat du pape, qui aurait inquiété les détenteurs des domaines arrachés aux monastères.
Pendant ce temps, Manriquez, au nom de Philippe et de Marie, obtenait, de Jules III la bulle qui autorisait le légat à légitimer la possession révolutionnaire des meubles et immeubles dont les cloîtres avaient été dépouillés sous Henri VI II et sous son fils Édouard VI.
Le roi et la reine appelèrent alors auprès d’eux le cardinal Polus. 11 se hâta de passer la Manche. Lord Paget,, sir Édouard Ilastings, et sir William Cecil lui faisaient cortège dès Bruxelles. 11 fut fêté à Douvres avec magnificence. Son escorte était de plus de deux mille gentilshommes à cheval, lorsqu’il atteignit Gravescnd. Une barge splendide l’y atten-