‹ Histoire d'Élisabeth d'AngleterreChapitre 63 sur 210 · LIVRE V · texte numérisé non relu

LIVRE V

«lier rang lord William et lady Mildrede Cecil, son oncle et sa tante.

François Bacon était né le 22 janvier 1561, dans le Strand, à l’hôtel d’York occupé par son père.

Les soins maternels firent du foyer domestique un foyer intellectuel pour l’adolescent prodigieux dont l’érudition iv’étouffait pas le génie. Élisabeth enjoignait à Nicolas Bacon de le lui amener quelquefois. Il était une récréation pour la reine. Un jour, elle lui demanda quel ;\ge il avait : « J’ai, reprit-il, deux ans de moins que le règne heureux de Votre Majesté. — C’est très-bien, dit Élisabeth h Leicester, ce petit homme fera un bon chancelier et un bon courtisan. »

Bacon suivit l’université de Cambridge, s’y occupa beaucoup de philosophie, et, à seize ans, fut attaché par son père à l’ambassade de sir Amyas Pawlct en France. Il demeura trois années dans notre pays dont il visita les provinces, recueillant partout des faits, des observations, et les notant avec intérêt.

Après la mort de son père (1579), François Bacon se fit avocat. C’était une profession lucrative dont il avait besoin, mais son goût eût été aux affaires d’État et sa passion était à la philosophie.

C’est à l’époque des fêtes de Kenilworth que les duels avaient redoublé. Une circonstance de costume, en les facilitant, les multiplia dans des proportions inattendue^ Les nobles venaient d’adopter la rapière, une épée qui nous paraît longue aujourd’hui, mais relativement courte, si on la compare à la vieille épée du moyen âge, â l’épée à deux mains qui, au lieu de se porter au côté, s’attachait à l’épaule par la poignée et battait de son bout de métal les éperons de cuivre.

Vers le même temps, le commerce des troupeaux et l’industrie de la laine augmentent. Les premiers carrosses et les premières vitres apparaissent. Les maisons s’élèvent près des

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chaumières et les châteaux près des maisons. Le pavage des villes et des bourgs se répand. Les cheminées se perfectionnent et les poêles fument au-dessus de tous les toits. Il y a sécurité hors du foyer, chaleur et bien-être dans la famille. Les lits ont des matelas, des draps et des oreillers ; les meubles sont plus élégants. La bière et l’ale moussent dans des pots d’étain ; les pots de bois sont dédaignés et les cuillères de buis ont été transformées en fer ou en argent. Tous les ustensiles du ménage, tous les arts domestiques sont couronnés par une invention qui réunit au plus haut degré l’utilité et l’ornement. .le veux parler de l’horloge, âme mécanique et sonore de toutes les demeures, qui annonce et qui règle pour chacun l’heure de la prière, l'heure des repas, l'heure du travail, l’heure du repos et les heures solennelles de la naissance, du mariage et de la mort. Tout s’achemine au luxe par la richesse, à la richesse par les sueurs de l’homme et par ses expéditions lointaines. Élisabeth et les seigneurs donnent l’exemple du coniforl. Les donjons gothiques sont remplacés par un style de construction moitié féodal et moitié italien qu’on appelle le style Tudor. L’architecture prend son essor, elle agrandit et embellit les habitations anglaises.

Voilà cependant ce qu’accomplissait le peuple britannique par l’expansion spontanée de ses énergies nationales, et ce que favorisait Elisabeth par le seul apaisement des guerres civiles!

Ce fut dans l’automne de 1576 que Walter Devereux, comte d’Essex, maréchal d’Irlande, expira tout à coup à Dublin. Hélait fort aimé. D’une naissance illustre qui lui avait ouvert les cours de l’Europe, il avait observé le monde et cultivé son esprit. Il avait une intelligence lumineuse, une bravoure calme. Il haïssait Lcicester, qu’il soupçonnait d’une liaison coupable avec lady Essex. Il était homme à ne pas souffrir celte honte et à se venger. Selon plusieurs, Leicester prévint le maréchal d’Irlande en l’empoisonnant. Celle accusation, quoique vraisemblable, n’a jamais été démontrée.

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