‹ Histoire d'Élisabeth d'AngleterreChapitre 68 sur 210 · LIVRE V · texte numérisé non relu

LIVRE V

toujours : une femme impitoyable, une fausse vierge trèsromanesque et une grande reine. Elle n'avait pas fléchi à ses tentations.

Délivrée de sa passion comme d'une fièvre, elle revint à ses habitude^. Elle ne fit plus de la nuit le jour, congédia les bouffons, Tarlcton entre autres, qui s’était permis, comme un fou de cour, des allusions soit à Leicestcr, soit à Raleigh, et qui avait ainsi blessé Élisabeth ; elle diminua les bals, les concerts, les galas et reprit sa vie la plus sage.

Elle recommença ses lectures classiques. Elle se prépara aux séances du conseil par de courtes prières et de longues réllexions sur les affaires d'État. Elle renoua scs conversations et. ses correspondances avec les gentilshommes, les savants, les ambassadeurs, les étrangers de distinction et les princes. Ses repas furent de plus en plus sobres, égayés seulement par la présence de ses favoris. Quoiqu’elle mangeât sans convives, elle aimait a être entourée. Son échanson à genoux lui présentait trois fois la coupe où il versait une bière légère et mousseuse. Il était fort rare qu’elle bût une quatrième fois. 11 lui arrivait de terminer scs repas de la journée par une sieste, puis par une promenade dans scs jardins, s’il faisait beau, ou dans ses galeries, si le temps était pluvieux. On ne lui servait que le soir, it son souper, un peu de vin d’Alicante, celui qu’elle préférait, quoiqu il fût d’Espagne. Ce souper, le plus enjoué des repas de la reine, était redevenu décent et perdit à jamais le semblant d’orgie que lui avait donné le duc d’Anjou. Le chant, la musique et. la danse furent purifiés.

La reine continua sa politique profonde qui n’avait pas été interrompue. Elle consistait, cette politique, à soutenir les huguenots de France, les insurgés des Pays-Bas, à occuper ainsi dans des luttes civiles et acharnées les Valois et Philippe II. Pendant ces orages extérieurs, l’Angleterre respirait en paix, affermissant sa sécurité, sa richesse, ses entreprises

histoire d’élisabeth d'angleterre

par les maux, par les troubles même qu’elle suscitait ou qu’elle entretenait chez ses redoutables voisins.

Très-occupée de l’Europe, Elisabeth n’était pas moins attentive à son royaume. Elle y favorisait l’industrie, le commerce, les expéditions, la marine, jusqu’à la piraterie. Elle surveillait avec soin les puritains et les catholiques, soutenus, les premiers par Lcicester et Walsingham, les autres par Burleigh et Hatton. Jalouse de son autorité pontificale autant ijue de son autorité royale, Élisabeth ne comptait que la religion anglicane. Elle en était la personnification. Cela seul communiquait au culte légal, selon Élisabeth, une sorte de divinité. Comment pouvait-on n’être pas de la liturgie de la reine? Élisabeth était surprise, elle était même offensée qu’il y eût des dissidents. Aussi, quel que fût le penchant de ses ministres pour telle ou telle confession, elle agissait, à son bon plaisir. Elle frappait les puritains comme anarchiques et les catholiques comme séditieux. Elle n’avait pas toujours été secondée avec zèle par les archevêques de Cantorbéry, ses primats. Elle les en avait punis. Parker, qui avait commencé avec le règne ses hautes fonctions, n’avait pas été assez docile au gré de la reine et il était mort dans la disgrâce en 1575. 11 était trop ami des lettres et d’une libéralité d’intelligence trop vaste pour réussir complètement avec Élisabeth. Ses concessions même furent insuffisantes. Son successeur, l’archevêque Grindal, était trop respectueux pour les consciences. 11 n’était pas assez inquisiteur avec ceux qui ne cachaient point leur scission, ni assez courtisan avec la reine. Aussi mourut-il dans une disgrâce plus absolue encore que celle de Parker. Élisabeth nomma un troisième primat, et ce fut Whitgift, évêque de AVorcester. Ce prélat, qui remplaça Grindal en 1583, vécut dans la bienveillance de la reine. Jamais il n’y eut entre eux le moindre nuage. Ils avaient des affinités de caractère et de doctrine vraiment surprenantes. Whitgift tenait la religion pour une des branches du gouver-

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