I.1VRE V
« vous ne vouldriés jamais perdre la liberté de vous fayre « fayre l'amour et avoir vostre plésir toujours avecques nou- « veaulx amoureux. Regrettant, ce disoit-elle, que vous ne « vous contentiez de maistre Haton et un aultre de ce « royaulme; mays que, pour l'honneur du pays, il lui faschoit « le plus que vous aviez non-seulement engagé vostre répu- « tation avecques un estrangier nommé Simier, l’alant trouver « de nuict en la chambre d'une dame que la comtesse blasmoit « fort à ccste occasion-là, où vous luy reveniez les segrets du « royaulme, trahissant vos propres conseillers avec luy ; que « vous vous estiés desportée de la mesme dissolution avec le « duc son maytre (le duc d’Anjou). Quant au dict Haton, que « vous le couriez à force, faysant si publiquement paroistre « l’amour que luy portiez, que luy mesmes estoit contrainct. « de s’en retirer, et que vous donnastes un souftlet à Kille- « grew pour ne vous avoir ramené le dict Haton, que vous « aviez envoyé rappeler par luy, s’estant départi en chollère « d’ avecques vous, pour quelques injures que luy aviez dittes « pour certains boutons d’or qu’il avoit sur son habit; qu’elle * avoit travaillé de fayre espouser au dict Haton la feu com- « tesse de I.enox sa fille* mays que, de crainte de vous, il « n’i osoit entendre ; que mesme le comte d’Oxfort n’osoit se « rappointer avecque sa femme, de peur de perdre la faveur « qu’il esperoit recepvoir pour vous fayre l’amour; que vous « estiez prodigue envers toutes telles gens et cculx qui se « mesloient de telles menées, comme à un de vostre chambre, « George auquel vous aviez donné troys cents ponds de « rente, pour vous avoir apporté les nouvelles du retour de « Haton; qu’à toutz autres vous estiez fort ingrate, chische, « et qu’il n’y avoit que troys ou quatre en vostre royaulme à « qui vous ayez jamays faict bien. Me conseillant, en riant « extresmement, mettre mon fils sur les rangs pour vous fayre « l’amour, comme chose qui me serviroyt grandement, et « mettroyt M. le duc hors de quartier, qui me seroyt très
lr>8 HISTOIRE D*KL1SADETH d’ ANGLETERRE
« préjudisiable si il y continuoil ; et, lui répliquant que cela
* scroytreçu pour une vraye mocquerie,ellc merespondit que « vous estiez si vaync et en si bonne opinion de vostre beauté, « comme si vous estiez quelque déesse du ciel, qu’elle pary-
* roit sur sa teste de vous le fayre croire facillement et
* entretiendroit mon fils en ccste humeur.
« Que vous avycz si grand plésir en flatteries hors de « toutes ravsons que l’on vous disoit, comme de dire qu’on « ne vous osoit parfois regarder à plain, d’aultant que vostre « face luisoit comme le soleil ; qu'elle et toustes les aultres « dames de la cour estoient constreintes d’en user ainsi ; et « qu’en son dernier voyage vers vous, elle et la comtesse « de Lenox, parlant à vous, n’osoient s’entre-regarder l’une « et l’autre de peur de s’éclater de rire des saccades qu’elles « \ous donnoient, me priant à son retour de tancer sa fille, « qu’elle n’avoit jamays sccu persuader d’en fayre de mesme ; « et, quant à sa fille Talbot, elle s’assuroyt qu’elle ne faut- « droyt jamays de vous rire au nez. La dicte Talbot, lors- « qu’elle vous alla fayre la révérance et donné le serment « comme l’une de vos servantes, à son retour immédiatement, » me la contant comme une chose fayte en raillerie, me pria « de l’accepter pareil!, duquel je feiz longtemps refus; mays, « ii la fin, à force de larmes, je la iaissay fayre, disant qu’elle « ne vouldroyt pour toute chose au monde estre eu vostre « sefvice près de vostre personne, d’autant qu’elle avoyt « peur que, quand seriez en cholèrc, ne luy fissiez comme à « sa cousine Skedmur à qui vous aviez rompeu un doibt,
* faysant à croire à ceulx de la court que c’estoit un clian- « dellier qui estoit tombé dessubz ; et qu’à une aultre, vous « servant à table, aviez donné un grand coup de couteau sur « la mayn.
« En un mot, pour ces derniers poinlz et communs a petits rapportz, croyez que vous estiez jouée et contrcfaicte « par elles comme en comédie, entre mes fainmes mesmes;