‹ Histoire d'Élisabeth d'AngleterreChapitre 74 sur 210 · LIVRE V · texte numérisé non relu

LIVRE V

« ce qu’appercevant, je vous jure que je deflendis à mes

« famines de ne se plus mesler

* De mon lit, forçant mon bras malade et mes douleurs t pour vous satisfayre et obéir.

> Marie, R. »

Cette lettre ne fut peut-être pas remise, mais certainement elle fut écrite. Elle est, du reste, un témoignage très-important, quoique ennemi, des mœurs, du caractère d’Elisabeth et des moqueries de sa cour, qui se dédommageait dans la liberté des résidences privées de la tyrannie des demeures royales.

Voilà ce que les plus éminents de celte cour se permettaient à l’abri de leurs châteaux et ce qui était vrai à beaucoup d’égards. Mais une minorité patricienne n’était pas la nation. Cette minorité d’ailleurs, malveillante de loin, était obséquieuse de près. Elle semblait une avec le peuple agricole, commercial et maritime, avec le peuple idolâtre d Élisabeth. Cette fière princesse était pour tous la personnification auguste du pouvoir souverain. Une telle femme, qui aimait les pompes religieuses autant que les fêtes mondaines, révoltait peu les papistes eux-mêmes, charmés de retrouver dans le culte anglican une image des splendeurs romaines. Les puritains aussi, d’autres adversaires qui commençaient à s’agiter au fond des foules, se montraient indulgents pour une monarchie et pour une Église dont une fille de Henri VIII était le symbole glorieusement schismatique. Jamais règne entouré de périls n'accomplit ses habiles manœuvres dans des circonstances plus heureuses.

La cour, cette cour perfide, s’ouvrit plus vaste à la haute noblesse, très-dévouée malgré ses railleries. La fidélité à la reine y était une consigne et toutefois une inspiration. C’est pour elle, pour Élisabeth, que Drake écumcra les mers en pirate et en héros, pour elle que Walter Raleigh traversera

histoire d’élisabeth d’angleteiike

l’Océan à la recherche d’îles nouvelles et de continents nouveaux, pour elle que les plus grands seigneurs, le comte d’Arundel en tête, se battront, se ruineront dans une fièvre de luxe, de mode, de parure, de jeu et de galanterie. Chacun aspire à être distingué de la reine. De là une chevalerie de manières, de costumes, une déférence, une émulation de toutes les classes de la société. 11 y avait ardeur, travail, richesse, plaisirs, enthousiasme, jeune liberté respectueuse pour la reine, qui ne s’effrayait ni des emportements, ni des irrégularités, parce qu’elle avait la domination et qu’elle était maîtresse même des cœurs. Avec quel art elle exerçait son autorité ! Clairvoyante, quoique enivrée, elle ménageait affectueusement ses communes et préférait à des remontrances modérées de son parlement les économies qui la dispensaient d’impôts excessifs et d’avis officiels.

De toutes les forces d’Élisabeth la plus irrésistible était de représenter le protestantisme. Elle était la reine orthodoxe et sainte, la prêtresse couronnée de la conscience anglaise. Plus le pape prononçait d’anathèmes, plus les jésuites lui envoyaient d’assassins, plus Philippe II accumulait d’armements,. plus Élisabeth grandissait. Vers 158/j, l’horizon s’assombrit. Les passions religieuses se déchaînèrent avec furie. Élisabeth brava intrépidement les poignards, mais elle avait des réactions de colère terribles. Elle secouait alors ses ministres et attisait le feu de leur zèle. Burleigh débrouillait la politique, Walsingham, tout entier à la police, couvrait de ses espions l’Italie, l’Espagne, la France, les Pays-Bas, l’Angleterre, et suivait soit à l’extérieur, soit à l’intérieur, les trames innombrables qui se nouaient autour du nom de Marie Stuart. Hatton secondait ses grands collègues; Leicester les secondait comme Hatton et les dépassait tous. Sous prétexte de venger Dieu et de venger la reine, il se vengeait lui-même. Nous ne citerons qu’un trait, quoiqu’il y en ait plusieurs.

Le comte de Leicester avait beaucoup d’influence, particu-

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