LIVRE V
lièrcment dans le Warwickshire où Kenilworth est situé. Là les simples gentilshommes portaient sa livrée pour lui faire honneur. Arden, indépendant de fortune et de caractère, ne se soumit pas à ce qui lui paraissait une dégradation. Malheureusement il avait pour gendre Somerville, un papiste maniaque dont le confesseur, Hall, était la créature de Leicester. Ce Hall exaltait à son gré le fanatisme ou plutôt la folie de Somerville, qui dans un de ses accès attaqua deux anglicans l’épée à la inain. 11 s’écria qu’il exterminerait tous les protestants de la Grande-Bretagne et qu’il commencerait par la reine. Arden fut aussitôt arrêté ; Somerville, sa femme et Hall furent arrêtés aussi. N’était-cc pas une conspiration? Les quatre prisonniers furent condamnés à la peine capitale sur cette déposition du confesseur : qu’Arden avait plusieurs fois souhaité le ciel à la reine. Somerville, transféré à Newgate comme insensé, fut étranglé dans sa cellule afin sans doute que dans un moment lucide il ne déposât pas en faveur de son beau-père ; sa femme et Hall furent graciés. Arden subit la sentence des traîtres. Leicester avait tout combiné et tout dirigé. Personne n’eut un doute à cet égard. Il se décela luimême en arrachant les biens d’ Arden à la fille de cet infortuné pour en investir scandaleusement un commensal et un client de Kenilworth.
Élisabeth abusait du sceptre contre les catholiques d’Angleterre comme Philippe II abusait de la hache contre les protestants des Pays-Bas. Il abusait, lui, non-seulement de la hache, mais de toutes les armes, de l’arquebuse, de la corde, du pistolet, du poison, et il récompensait magnifiquement ses sicaires. 11 venait d’accorder la noblesse à la famille de Balthazar Gérard , l’exécrable meurtrier du grand prince d’Orange (1584).
Dans la détresse qui suivit le trépas de Guillaume, les états-généraux offrirent de nouveau le protectorat et même la souveraineté des Provinces-Unies à Élisabeth . Elle refusa encore
pour n’êlre pas taxée d’une rapine telle que celle d’un royaume, Mais, tout en évitant cet empiétement énorme, elle envoya aux opprimés, dans l’intérêt du protestantisme, des subsides d’argent et des troupes. Elle dut avoir et elle eut pour la sûreté de ses expéditions plusieurs places et entre autres Elessingue.
Philippe Sidney en fut fait gouverneur, au mois de novembre de l’année 1585. Il y reçut avec une grande pompe son oncle le comte de Leicester, général de la reine et chef suprême des armements britanniques. Les états -généraux s’empressèrent â leur tour auprès du grand favori qui n’était pas égal à sa tâche, surtout quand il avait pour adversaire le plus redoutable capitaine qui fût alors en Europe, le duc de Parme. Leicester avec plus de talent aurait pu être décisif contre l’Espagne; car il avait avec lui de bons vaisseaux, d’excellents soldats de terre, des officiers formés en Irlande, cette pépinière d’officiers ; il avait de plus de l’or, des munitions et toute l’élite de la jeune aristocratie impatiente de dangers et de gloire. Parmi les brillants lords qu’avait amenés avec lui Leicester, le plus brillant était le beau-fils du comte, Robert d’Essex, âgé seulement de dix-neuf ans, l’espérance de l’armée, de l’Angleterre et de la reine. Tout le' monde avait remarqué à Greenwich l’émotion presque maternelle d’Élisabeth, lorsque cet adolescent d’un avenir si mystérieux avait pris congé d’elle pour faire la campagne des Pays-Bas.
Leicester, dans son insuffisance, eut le bonheur d’être aidé par les talents autant que par l’affection de son neveu Philippe Sidney. Ce neveu que Leicester aimait comme un fils avait réparé bien des fautes du favori. Mais sa vie fut trop courte. Il s’était distingué aux combats, aux conseils, aux négociations. Il avait été l’exemple vivant, le modèle accompli de tous les jeunes lords de l’expédition, la providence de l’armée et du comte de Leicester. Il combinait avec maturité et exécutait avec promptitude. Il avait enveloppé et surpris Axel,