‹ Histoire d'Élisabeth d'AngleterreChapitre 79 sur 210 · LIVRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE SIXIÈME

Les prisons de la reine d'Écosse. — La dernière, Folheringay. — Sir Amyas Pawlet, gouverneur. — Procès de Marie Stuart. — Sa condamnation. — Sa mort. — Dissimulation d’Élisabctli avec Davison et avec l’Europe. — Le comte de Shrcwsbury. — Le comte de Kent. — Le doyen de Peterborough. — Melvil. — Nau. — Henri Talbot. — Hypocrisie d’Élisabeth. — L’Europe la réprouve, l’Angleterre l’absout. — Philippe H arme.

— Sixte-Quint envoie sa bénédiction et promet des subsides. — L’Angleterre s'émeut. — Sa piraterie devient marine. — Élisabeth seconde le mouvement, quoique avec économie. — Caractère du peuple anglais. — Drake à Greenwich. — Il ravage et incendie le port de Cadix. — L'Armada retardée. — Elle s’ébranle enfin. — Crise de l’Angleterre. — Leicester encore général en chef. — Essex général de la cavalerie. — L’Océan.

— Charles Howard, lord-amiral. — Drake. — Hawkins. — Frobisher.

— George Clifford. — Henri de Northumberland. — Thomas Cccil. — Le comte d’O.xford. — Charles Blount. — Walter Raleigh. — La nuit du 29 juillet 1588. — Brûlots de Drake. — Dispersion deV Armada. — Élisabeth au camp de Tilbury. — L’Angleterre et le Nord préservés. — Les journaux se rattachent à cette grande date. — L’Angleterre sort de la crise la première nation maritime du globe. — Mort de Leicester. — Douleur d’Élisabeth. — Oppression religieuse.

Marie Stuart, la belle et irrésistible Marie Stuart persécutée et enviée par sa rivale, avait erré plus de deux ans (mai 1508 — novembre 1570), depuis Workington, à travers ses prisons.

Elle était à Chartley, lorsque le 28 de ce mois de novembre 1570, elle s’installa, selon la prescription d’Élisabeth, au château de Sheflield , sous le toit et sous la garde du comte de Shrewsbury. Elle y demeura quatorze ans. Le 8 septembre 1584, elle en sortit pour être transférée à Wingfield, sous la surveillance de sir Ralph Saddler et de Sommers.

Le 13 janvier 1585, elle fut ramenée de Wingfield à Tutbury, le plus délabré des manoirs qui pesèrent sur sa liberté violée et sur son imagination saisie d’une croissante horreur. D’après les instances de Castelnau, elle fut reconduite (2/i décembre 1585) au château de Chartley qui appartenait au comte d’Essex. Ce château, situé dans le StatTordshire, était confié avec la prisonnière à la responsabilité de sir Amyas Pawlct, qui commandait à une petite garnison de cent, hommes d’armes. Ce fut là que Babington avait noué sa conspiration étourdie, là aussi que les espions de Walsingham éclipsés tous par Gilbert Gifford la dénoncèrent. Le 8 août de l’année 1586, Marie Stuart avait été brusquement enlevée jusqu’à Tixall, afin que la police put fouiller à son aise les papiers et les lettres que la reine d’Écosse pouvait avoir cachés à Chartley. Le 30 août, elle fut rétablie dans cette résidence dévastée par une perquisition qui fut en même temps un pillage.

Marie Stuart touchait à la fin de son pèlerinage de femme, de reine et de captive. Elle avait gémi pendant dix-neuf années dans des geôles innombrables. Pas une semaine de ces dix-neuf années ne s’écoula sans qu’Élisabeth ne l’eût signalée par une torture directe ou indirecte. La reine d’Angleterre avait flotté anxieuse et satisfaite entre les joies mêlées d’inquiétudes de cette longue oppression et la tentation infernale de tout trancher définitivement, avec une opinion publique, des juges et un bourreau pour auxiliaires. Elle se détermina. Elle commanda par un courrier à sir Amyas Paxvlet de transporter sa captive dans le comté de Northampton. Le château de Fotheringay, à quelques milles de Peterborough, allait être la dernière hospitalité offerte par la reine d’Angleterre à la reine d’Écosse.

« Le 25 septembre 1586, — Voyez mon Histoire de Marie Stuart, — la fille de Jacques V monta dans son coche par un ciel couvert et s’achemina vers Fotheringay. « Ce temps « ressemble, dit-elle, au temps des vendanges à Fontaine-

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