LIVRE VI
« bleau. Seulement ici j’ai le cœur moins joyeux. » File était escortée par deux délégués du conseil privé, Mildmay et Barker, et par cinquante hommes d’armes sous les ordres de sir Amyas Pawlct.
Quand Marie entra dans ce château, qui n’est plus aujourd’hui qu’un souvenir tragique, Élisabeth était décidée, et le dénoûment si longtemps attendu de cet affreux drame royal allait éclater après tant de lenteurs.
Ces deux femmes inspiraient un attachement passionné et une sainte haine. Les partisans de Marie voulaient assassiner Élisabeth, cette fille de Satan; les partisans d’Élisabeth voulaient juger et tuer Marie, cette nièce des Cuise, celte alliée de l’Espagne, cette amie du pape et cette ennemie de la réforme.
11 y avait dans chaque parti une fidélité chevaleresque, un fanatisme religieux ; il y avait de plus dans l’âme des Anglais un fanatisme politique.
Cette raison d’État, la mollesse des cours étrangères occupées ailleurs, l’ascendant d’une doctrine jeune qui était sûre de l’avenir, et qui s’efforçait d’immoler le passé avec ses emblèmes; la supériorité de la situation d’Élisabeth, qui tenait Marie sous la hache ; la violence aveugle de tout un peuple, dont les délais stimulaient l’impatience : toutes ces causes étaient menaçantes pour Marie, et ne présageaient que trop une catastrophe.
Le parlement anglais avait fait et renouvela, dans l’ardeur de son zèle, l’association pour la sûreté de la reine. Il institua vingt-quatre commissaires pour rechercher tous les fauteurs de révolte contre Élisabeth. Il avait aussi été réglé que la personne pour laquelle s’ourdiraient de pareils complots pourrait être poursuivie, si elle les avait connus et encouragés.
Cette disposition, nous l’avons dit, était une arme forgée contre Marie Stuart.
On ne tarda pas à l’en frapper. On saisit l’occasion de la conspiration de Babington. Après la condamnation et l’exécu-
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tion des conjurés, on instruisit le procès de la reine d’ Écosse, leur complice. Le statut d’association autorisait cette étrange procédure. Élisabeth nomma, le G octobre 1586, quarantesix juges, au nombre desquels étaient les premiers pairs du royaume et ses principaux conseillers. Ils se rendirent à Fothcringay au nombre de trente six. Arrivés le 12, ils notifièrent à Marie Stuart, par sir Walter Mildmay, par sir Edward Barker et par sir Amyas Pawlet, leur commission scellée du grand sceau, et une lettre d’Élisabeth, qui annonçait sa détermination à la reine d’Écosse....
L’instruction de ce grand procès, où tous les légistes, tous les lords, tous les hommes d’État d’un royaume se réunirent dans une lutte inégale contre une faible femme, était terminée. Lord Burleigh ne laissa pas prononcer la sentence à Fotheringay. Il lut une dépêche de la reine Élisabeth qui ajournait la commission au 25 octobre.
« Que décideront-ils ? — demandait avec anxiété Melvil à sa maîtresse. Marie répondit par ces versets bibliques dont elle nourrissait son âme : « Les taureaux de Basan m’ont ob- « sédée, dit-elle; et maintenant ils vont se ruer sur moi, « comme le lion ravisseur et rugissant, sicut Ico râpions et « rugiens. »
Cette impression de la reine était malheureusement prophétique.
Les juges étaient retournés à Londres. Ils s’assemblèrent à Westminster, dans la chambre étoilée. Ils déclarèrent que Marie Stuart avait eu connaissance de la conjuration, et que même elle y avait trempé ; qu’elle avait eu l’intention d’usurper, par le meurtre d’Élisabeth, la couronne d’Angleterre et de ruiner la religion évangélique. Ils prononcèrent à l’unanimité la peine de mort contre la reine d’Écosse. La politique dépravant encore la cruauté par une amorce infâme, ils ajoutèrent que cet arrêt ne préjudicierait en rien soit à l’honneur, soit aux droits de Jacques VI.