‹ Histoire d'Élisabeth d'AngleterreChapitre 8 sur 210 · I.ITRÏ I · texte numérisé non relu

I.ITRÏ I

reproduisent Élisabeth avec le teint anglais blanc et rose. Il est à remarquer toutefois que dans les moments ou de colère, ou de soupçon, ou d’ennui, ce teint, s’éclipsant par l’émotion, se nuançait de sombre et même de vert. Serait-ce dans un de ces instants orageux que l’ambassadeur vénitien Michieli avait considéré la princesse pour lui attribuer » une peau olivâtre? »

Philippe d’Espagne était très-prévoyant, à cette date (1554), entre les deux filles de Henri VIIL 11 croyait tenir l’Angleterre par elles, se promettant bien de ne pas la lâcher, même s’il devenait veuf. 11 ne serait pas le premier qui aurait épousé sa belle-sœur.

Ces grands Habsbourgs, Charles-Quint et Philippe son fils, ont été peints de mains de maîtres pendant quarante ans par les ambassadeurs vénitiens Giovanni Michieli, Frederigo Ba~ doer, Agostino Nani et une douzaine d’autres. Ces ambassadeurs, tout en faisant les affaires de la république, faisaient celles de l’histoire. Ils sont des Tiliens diplomatiques.

Us ont animé d’un coloris vivant leurs personnages devenus les nôtres.

Philippe ressemblait beaucoup à Charles-Quint. Il était seulement plus frêle et d’une stature un peu moindre encore. 11 avait comme lui le front assez vaste au dehors, quoique resserré et comprimé au dedans par le fanatisme; il avait les yeux bleus, l’expression sérieuse. Son nez était moins aquilin et mieux fait. II avait les lèvres grosses et pendantes aussi, la lèvre inférieure plus lourde que la supérieure, mais il n’avait pas la mâchoire d’en bas longue et large au point de joindre difficilement les dents, — difformité de Charles-Quint trèsgêné par là pour manger et pour parler. Philippe n’était pas moins flegmatique et hautain que son père. Il avait la peau blanche, les cheveux blonds, la barbe d’ambre d’un Flamand ; et avec cela, un air si altier que, malgré scs fades couleurs du nord, nul Espagnol brûlé au soleil des sierras n’était plus

histoire d'éusabetii d’anoleterkk

Espagnol que lui. C’est ce qui éloignait Élisabeth et ce qui enchantait Marie Tudor!

Le prince d’Espagne était ordinairement habillé de noir en Angleterre. Ses vêtements étaient d’une coupe élégante et relevés par un manteau de damas fourré de martres. Il portait suspendu sur sa poitrine le collier de la Toison d’or. La toque de velours ou le léger chapeau de feutre surmonté d’une chaînette complétait son costume habituel. 11 ne regardait pas en face et parlait sans bruit. S’il rencontrait le saint sacrement sur son chemin, il descendait de /Cheval ou de carrosse et suivait le dais chez le malade , puis à l’église jusqu’à l’autel.

La reine était rassurée par cette piété, mais la froideur du prince la glaçait. Bien plus, des confidences de cour la consternaient. Le prince n’avait- il pas ses maisons et ses bois du Prado et d’Aranjuës près de Madrid, sortes de harems africains où les subtilités catholiques et les scrupules du confessionnal étaient un attrait de plus aux voluptés?

Protégée par la politique de Philippe d’Espagne qui avait des vues sur elle à travers les maladies de la reine, Élisabeth habita momentanément Wite— Hall, Ilampton-Court, partit définitivement de AVoodslock au printemps de 1535, et s’établit à Hatfield, parmi les belles végétations du comté d’Herlford.

Là, elle fut délivrée de ses tuteurs soldatesques et placée sous les auspices de sir Thomas Pope, un homme d’une tolérance vaste, d’une science profonde et d’un commerce attachant.

Tandis que Marie se consumait d’une passion malheureuse pour Philippe, ce prince, à peu près roi d’Angleterre, essaya de se conquérir une faveur publique en modérant les cruautés de la reine sa femme.

Il fut doux à Élisabeth. Il rendit la liberté à Nicolas Trockmorton, à Robert Dudley et aux autres partisans soit

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