LIVRE VI
Les deux chambres donnèrent à cette décision sanguinaire l’autorité de leur sanction. Elles envoyèrent un message à Élisabeth, et la prièrent d’exécuter le jugement.
Ce fut le 19 novembre (1586) que lord Buckhurst, et Bcale, clerc du conseil, arrivèrent à Fotheringay, et annoncèrent à Marie la fatale nouvelle. Elle la reçut avec une sérénité digne de ses plus généreux ancêtres, et elle continua de nier toute complicité de meurtre, en congédiant les agents officiels d’Élisabeth.
L’une des scènes les plus émouvantes qui suivirent la sentence de Marie, ce fut en quelque sorte la dégradation royale infligée par ordre d’Élisabeth, bien que plus tard la reine d’Angleterre ait désavoué cette brutalité tyrannique.
Sir Amyas Pawlet vint avec Drury, qu’on lui avait adjoint pour hagarde de Fotheringay. Il s’enquit de Marie avec une brusque sécheresse si elle persistait dans son impénitence papiste, et si elle ne se repentait pas de ses crimes envers Élisabeth. Marie le regarda d’un grand cœur, et lui répondit qu’elle était catholique plus que jamais ; que, pour le reste, elle souhaitait à la reine d’Angleterre une conscience aussi tranquille qu’à la reine d’ Écosse. « Puisqu’il en est ainsi,
« reprit Pawlet, sachez, madame, que ma maîtresse m’a notifié « de détendre votre dais, en vous déclarant qu’ autrefois reine s vous n’êtes plus désormais qu’une femme morte civile- « ment. »
« M’ùtcr mon dais ! s’écria Marie, mon dais, le symbole « de la souveraineté dont Dieu lui-même a sacré mon front « dès mon berceau ! Apprenez, sir Amyas, que mon titre est « hors de toute atteinte humaine. Je suis née reine, j’ai vécu « et je mourrai reine, en dépit de votre maîtresse hérétique.
« Vous, le conseil d’Élisabeth, et son parlement, vous avez la « puissance qu’ont les voleurs au coin d’un bois sur le voyait geur, la puissance de la force, la puissance que les assassins « de Richard avaient sur ce malheureux prince : mais j’ai
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« comme lui mon droit ; je saurai mourir avec mon droit « comme Richard et comme tant d’autres princes de ce « royaume injustement immolés. »
La reine s’était animée, sa voix s’était élevée peu à peu ; une vive rougeur colorait ses joues, l’indignation éclatait dans son expressive physionomie, et ses yeux lançaient des éclairs. Ses femmes et ses domestiques étaient accourus. Pawlet leur ordonna de détendre le dais. Tous ensemble s’y refusèrent, et pas un ne voulut toucher & cet auguste emblème. Les filles de la reine invoquèrent même la vengeance du ciel sur ceux qui avaient commandé et qui exécuteraient cet acte impie. Pawlet fut obligé d’appeler sept ou huit soldats. 11 fit enlever le dais, et, pour mieux dégrader la reine, il se couvrit et s’assit devant elle. Cette exécution accomplie, il sortit, laissant Marie muette de surprise, mais si noble et si imposante sous cet outrage qu’il n’aurait pu supporter plus longtemps sa présence. Quand il fut parti, on crut que Marie allait céder à un de ces accès de colère qui dégénéraient quelquefois chez elle en crises nerveuses. On fut trompé. Loin de succomber à son emportement, elle le domina ; et, se recueillant avec une majesté sereine, religieuse, elle pria Melvil de remplacer par le crucifix ces insignes qu’on avait profanés, ces tristes insignes de la royauté terrestre.
Dans ces cruelles extrémités, en face de la hache et du billot, déjà sous l’ombre de l’échafaud qui se dressait, abandonnée de tous, Marie ne s’abandonna pas elle-même, ne cessa pas un instant de se posséder. Elle pensa à tout. Elle n’oublia pas la moindre chose, le plus infime détail, le plus humble serviteur. Par une bonté touchante, elle régla jusqu’au sort d’un pauvre idiot attaché à ses domaines et incapable même de reconnaissance.
Elle écrivit à Elisabeth ; elle écrivit au pape Sixte-Quint, à Bernard de Mendoça, ambassadeur d’Espagne en France ; elle écrivit à l’archevêque de Glascow, au duc de Guise, « son