‹ Histoire d'Élisabeth d'AngleterreChapitre 82 sur 210 · LIVRE VI · texte numérisé non relu

LIVRE VI

« bon cousin, celuy qu’elle a le plus cher au monde; • elle écrivit à d’autres encore, et toutes ses expansions sont des documents inestimables.

On voit par ces lettres combien Marie Stuart conservait toute sa présence d’esprit et de cœur, toute la liberté de son courage, toute la plénitude de sa sensibilité. Elle sanctifiait son émotion en face de la hache; elle acceptait d’être immolée pour le catholicisme, après avoir été chassée, exilée, prisonnière pour lui ; elle tombait victime aussi des privilèges des trônes. Tous les princes orthodoxes, sa mère au ciel, la maison de Lorraine sur la terre, le pape, la postérité la béniraient. Dans l’exaltation de son dévouement, elle défiait la vengeance des hérétiques. 11 lui suffisait de savoir qu’ils frappaient en elle bien plus qu’elle-même, les deux causes de toute sa vie, l’honneur des sceptres et la sainteté de la croix.

L’enthousiasme religieux de Marie Stuart étouffait en elle jusqu’à la nature. Ses droits à la succession d’Élisabeth, ses droits en Angleterre et ailleurs, elle en dépouillait le presbytérien Jacques VI, le fruit de ses entrailles, pour en revêtir qui? le grand inquisiteur couronné du catholicisme : le roi d’Espagne. Tant elle était résolue dans ses convictions, obstinée dans le rôle de la maison de Lorraine! Tant l’héritage d’un fils, cet orgueil des mères, surtout lorsque cet héritage est un trône, lui paraissait vain au prix de l’héritage du Christ !

Cependant l’opinion publique réclamait impérieusement la mort de Marie...

Élisabeth, avec une imagination d’hypocrisie qui n’a peutêtre jamais été égalée, lutta jusqu’au bout contre toutes les manifestations, étalant toujours sa tendresse pour celle qui lui était si proche et qu’elle aimait en sœur. A la fin, après mille instances, elle céda comme vaincue par la justice divine et par le cri public...

Elle avait congédié les ambassadeurs de France et d’ Écosse ;

HISTOIRE 1)’ ÉLISABETH ü' ANGLETERRE

clic avait résisté à toute intervention officielle en faveur de Marie Stuart; elle fit appeler Davison, secrétaire d’ État, dans son cabinet. C’était un homme de bien peu d’expérience politique. Élisabeth lui demanda le warrant rédigé par Burleigh pour l’exécution de la reine d’Ecosse, et, l’ayant signé en souriant, elle ordonna à Davison de le porter au chancelier, afin qu’il y apposât le grand sceau. La joie d’Élisabeth éclatait dans sa physionomie. Elle dit â Davison que, malgré tous les retards qu’elle avait mis par bonté à cette grande mesure, elle en avait toujours senti la nécessité.

Davison se rendit à la chancellerie et fit apposer le sceau royal au warrant. Élisabeth lui envoya le lendemain un messager pour l’engager à différer ce qu’elle lui avait prescrit la veille. Davison s’empressa de venir s’excuser, en avouant à la reine que le warrant était revêtu déjà du grand sceau. La reine parut mécontente et blâma tant de précipitation. Davison, inquiet et livré à toutes les perplexités du doute, s’adressa au conseil. Les lords qui le composaient lui persuadèrent qu’il avait bien agi, qu’il lui restait à dépêcher le warrant à son adresse» et qu’ils se chargeraient de toute responsabilité auprès de leur souveraine. Entraîné par ces vieux courtisans, qui étaient en même temps de si habiles ministres, et dont la plupart le traitaient en ami, Davison expédia le warrant :

« Élisabeth, par la grâce de Dieu, reine d’Angleterre, de « France et d’Irlande, à nos amis et féaux cousins George, « comte de Shrcwsbury, grand maréchal d’Angleterre ; Henri, « comte de Kent ; Henri, comte de Derby; George, comte de « Cumberland; Henri, comte de Pembrocke, salut.

« Vu la sentence rendue par nos conseillers, par les nobles « et par les commissaires contre Marie , ci-devant reine « d’Écosse, fille et héritière de Jacques V, reine douairière * de France ; laquelle sentence non-seulement a été portée, « par tous les ordres de notre royaume, dans le dernier par-

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