‹ Histoire d'Élisabeth d'AngleterreChapitre 83 sur 210 · LIVRE VJ · texte numérisé non relu

LIVRE VJ

« lenient, mais approuvée comme juste et légitime, et main- « tenue par les mêmes' ordres après mûre délibération; vu « pareillement les sollicitations pressantes de nos sujets, quoi- « que de telles instances s’accordent mal avec la clémence qui « nous est naturelle; cependant, ne pouvant résister à ces « sollicitations qui n’ont pour objet que notre conservation, le • bien public et particulier de ce royaume, nous avons con- « senti à ne plus arrêter le cours de la justice.

« A ces causes, nous vous enjoignons, comme aux plus « nobles et aux plus considérables membres de notre royaume, « de vous transporter â I’otheringay aussitôt les présentes « reçues, et de faire exécuter la sentence sur la personne de « ladite Marie, au lieu, dans le temps et de la manière que « vous le jugerez convenable, en présence d’Amyas Pawlet, « gouverneur du château, nonobstant toute loi ou tout ordre « contraire.

« Greenwich, le 1" février 1587, la vingt-neuvième année « de notre règne. »

Signé le 2 février par la reine, et le 3 par Burleigh, Leicester, Hunsdon, Knollys, Walsingham, Howard et Ilatton, cet acte fut remis le 4 par Davison à Beale, clerc du conseil, qui partit aussitôt pour I’otheringay avec le bourreau de Londres et un autre exécuteur.

Il semble que les grands événements, les grands crimes, et surtout les tragédies royales, soient annoncés dans le monde par des symptômes alarmants et des signes précurseurs.

Quelques jours avant qu’ Élisabeth eût marqué l’heure de son régicide, les vieillards d’Édimbourg remarquèrent avec consternation que le plus ancien et le plus beau lierre d’Holyrood s’était dépouillé de ses feuilles, et que le tronc s’était llétri le long de la tour orientale du château. Cette tour, d’où les faucons des Stuarts s’élancaient, parut chanceler sur ses fondements, et l’on s’attendit aux plus terribles catastrophes.

histoire d'élisabeth d'asgleteure

La superstition populaire ne s’abusait point. Marie Stuart avait trouvé le toit de sa dernière prison et touchait au dénoûment suprême de sa destinée.

Elle vivait depuis quelques semaines en proie à tous les tourments, malade de corps et encore plus d’esprit et d’âme. Le 7 février, les hauts commissaires arrivèrent avec leur suite ù Fotheringay. Les serviteurs de la reine furent saisis d’épouvante. Marie était couchée et commençait à s’endormir. On la réveilla. Elle se leva, s’habilla lentement, s’entoura de scs officiers, de ses femmes, s’assit à sa petite table de travail chargée de livres pieux, et prépara tout pour recevoir royalement les hauts commissaires. Il était deux heures de l’aprèsmidi.

Les messagers d’Élisabeth s'avancèrent avec une sorte de solennité triste qui apprit tout à Marie. Le comte de Shrc wsbury, dont elle avait été si longtemps la prisonnière, la tète découverte et inclinée, lui exposa en quelques paroles sourdes sa mission, et Beale lut le warrant. Marie üt le signe de la croix, et portant à ses lèvres le Christ de son rosaire :

« C’est bien, dit-elle tranquillement; voilà la générosité de « la reine Élisabeth ! Aurait-on jamais cru qu’elle osât en venir « à ces extrémités avec moi qui suis sa sœur, son égale, et qui * ne saurais être sa sujette? Dieu soit glorifié de tout, cepen- « dant, puisqu'il m’octroie cet honneur de mourir pour lui et « pour son Eglise ! » •

Elle se disculpa de toute participation au complot contre la vie d’Élisabeth. Elle choisit parmi les livres qui étaient devant elle, sur sa table, le livre des Évangiles ; elle l’ouvrit et dit, en étendant la main :

« Je jure de n’avoir pas conspiré la mort de la reine d’An- « gleterre. »

— Votre livre romain, répondit le comte de Kent, est faux, et votre serment est aussi faux que votre livre.

— C’est le livre de ma foi, repartit la reine ; pensez-vous

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