UVRE VI
La reine, affectée de ce spectacle douloureux, voulut être seule.
Elle traça son testament et un billet à son aumônier, qu’on lui avait barbarement refusé pour les derniers moments. Ce refus avait été une grande épreuve...
Marie sentit la nécessité de se reposer. Elle se mit au lit. Ses femmes s’étant approchées : « J’aurois préféré, dit-elle, « à cette hache, une épée à la françoise. • Puis elle s’assoupit. Elle dormit un peu, et môme alors, au mouvement de scs lèvres, son sommeil paraissait une prière. Son visage, pénétré d’une béatitude intérieure et comme éclairé du dedans, n'avait jamais brillé d’une beauté si charmante et si pure. 11 était tellement illuminé d’un ravissement doux, tellement baigné delà grâce de Dieu, qu’il « semblait rire aux anges, * selon l’expression de la bonne Élisabeth Curie. La reine dormit ainsi et pria ; elle pria plus qu’elle ne dormit, à la lueur d’une petite lampe d’argent que Henri 11 lui avait donnée, et qu’elle avait gardée dans toutes ses fortunes. Cette petite lampe fut la dernière lumière de Marie dans sa prison, et comme le crépuscule de sa tombe.
Éveillée avant le jour, la reine se leva. Sa première pensée fut l’éternité. Elle consulta l’horloge et dit : * Je n’ai plus « que deux heures à vivre ici-bas. » Il était six heures du matin.
Dès que la pensée de la reine se détournait un instant de la mort, sa plus grande préoccupation la ramenait au sort de ses serviteurs. Désormais privés de leur maîtresse, ils allaient être dispersés sans appui dans le monde. Elle les avait déjà recommandés bien souvent aux ambassadeurs et aux princes. Dans cette cruelle nuit, elle avait écrit une lettre ; elle écrivit encore un petit mémoire au roi de France pour les lui recommander de nouveau, et pour se réserver à elle-même des prières*
Après avoir exprimé le vœu que les revenus de son douaire fussent payés après sa mort h ses serviteurs ; que leurs gages
histoire d’élisabeth d'angleterre
•et pensions leur fussent payés leur vie durant ; que son médecin (Bourgoing) fût reçu au service du roi ; que Didier, un vieux olicier de sa bouche, conservât le greffe qu’elle lui avait donné, Marie ajouta : « Plus, que mon aumosnier soyt remis à son « estât, et, en ma faveur, pourveu de quelque petit bénéfice « afin de prier Dieu pour mon ame le reste de sa vie.
« Faict le matin de ma mort, ce mercredy huictiesme « février 1587.
« Marie, royne. »
Une pâle aube d’hiver éclaira ces dernières lignes. Marie s’en aperçut. Elle appela Élisabeth Curie et Jeanne Kcnnethy. Elle leur fit signe de la revêtir de sa dernière robe, pour ce dernier cérémonial de la royauté.
Pendant que ces mains amies l’habillaient, Marie fut silencieuse. Son esprit errait sans doute loin des illusions de la terre dans les espérances du ciel.
Quand elle fut parée, elle passa devant l’un de ses deux grands miroirs incrustés de nacre, et sembla se considérer avec commisération. Elle se retourna et dit à ses filles : « Voici « le moment de ne pas faiblir. Je me souviens que, dans ma « jeunesse, M. mon oncle François me dit un 'jour à sa maison « de Meudon : — Ma nièce, il y a surtout une marque à « laquelle je vous reconnais de mon sang. Vous êtes brave « comme le meilleur de mes hommes d’armes ; et si les « femmes se battaient comme aux temps anciens, j’estime « que vous sauriez bien mourir. — Il me reste à montrer, - reprit-elle, à mes amis et â mes ennemis de quel lieu je -« sors. »
Elle avait revendiqué son aumônier Préau ; on lui envoya deux ministres protestants. « Madame, nous venons vous con- « soler, dirent-ils en franchissant le seuil de la chambre. — « Êtes-vous des prêtres catholiques? s’écria-t-elle. — Non, « répondirent-ils. — Je n'aurai donc que mon Seigneur Jésus