LIVRE VI
gncs du supplice. Sa robe de velours à haut collet et à manches pendantes était bordée d’hermine. Son manteau, doublé de martre zibeline, était de satin à boutons de perles et à longue queue. Une chaîne de boules odorantes, à laquelle se rattachait un scapulaire et qui se terminait par une croix d’or, descendait sur sa poitrine. Deux rosaires étaient suspendus à sa ceinture, et un long voile de dentelle blanche, qui adoucissait un peu son costume de veuve et de condamnée, l’enveloppait. Elle était précédée du shériff, de Drury et de Pawlet, des comtes et des nobles d’Angleterre; elle était suivie de ses deux femmes et de ses quatre dignitaires, parmi lesquels on remarquait Melvil, qui portait la queue du manteau royal. La démarche de Marie était assurée et majestueuse. Un moment elle releva son voile, et sa figure, où brillait une espérance qui n’était plus de ce monde, parut belle comme aux jours de sa jeunesse. L’assemblée fut éblouie. Elle tenait un de ses chapelets d'une main et le crucifix de l’autre. Le comte de Kent lui dit rudement : « 11 faudrait avoir Christ dans son cœur.
« — Et comment, reprit vivement la reine, l’aurais je dans « la main si je ne l’avais pas dans le cœur? » Pawlet l’aidant à. monter les degrés de l’échafaud, elle jeta sur lui un regard plein de douceur : « Sir Àmyas, dit-elle, je vous re- « mercie de votre courtoisie; c’est la dernière fatigue que je « vous causerai et le plus agréable office que vous puissiez me « rendre. »
Parvenue à l’échafaud, Marie Stuart prit place dans le fauteuil qui lui avait été préparé, le visage tourné vers les spectateurs. Après elle, le doyen de Peterborough en grand costume ecclésiastique s’assit à droite de la reine sur un pliant sans dossier, un carreau de velours noir à ses pieds. Les comtes de. Kent et de Shrewsbury s’assirent comme lui, à droite, mais sur des pliants à dossiers. De l’autre côté de la reine, le shéritf Andrews était debout avec sa baguette blanche. En face de Marie Stuart, on distinguait le bourreau et son aide à leurs
histoire d’élisabeth d' Angleterre
vêtements de velours noir, à leur crêpe rouge au bras gauche. Derrière le fauteuil, adossés à la muraille, pleuraient les serviteurs et les filles de Marie Stuart. Dans la salle, l’auditoire de nobles et de bourgeois des comtés voisins était contenu par les arquebusiers de sir Amyas Pawlet et de sir Drue Drury, au delà d’une balustrade qui avait été la barre du tribunal.
Marie entendit tranquillement sa sentence ; elle dit seulement, lorsque Beale en eut terminé la lecture :
< Milords, je suis née reine d’Écosse, j’ai été reine de « France, j’aurais droit à être reine d’Angleterre. J’ai été dë- « tenue prisonnière de longues années contre toute loi, mal- « gré tant de titres, et j’ai beaucoup souffert durant cette « captivité. Quoi qu’il en soit, je ne me souviens plus du mal, « et je ne hais personne. Je loue mon Dieu de tout ce qu’il « m’a infligé dans sa justice. Ce qu’il n’a pas empêché est « bien. Je m’estime heureuse de ce qu’il m’accorde cette « occasion de mourir pour l’expiation de mes fautes et de « déclarer devant cette assemblée que je suis innocente de tout « complot contre la vie de la reine d’Angleterre. »
Le doyen de Peterborough l’ayant adjurée de se repentir et de renoncer à scs erreurs sous peine de la damnation éternelle, elle affirma qu’elle mourait inébranlable dans la religion catholique. Flechter éleva la voix, et infligea à Marie un interminable sermon où il la menaça de l’enfer si elle ne se convertissait à la foi réformée, comme l’y conviait la bonté d’Élisabeth, dont il était l’organe indigne. « Vos dogmes, répondit « la reine d’Écosse, m'ont privée du trône, de la liberté; ils « vont m’ôter la vie. Us ne perdront pas du moins mon « âme. » Flechter, irrité, s'emporta jusqu’à des violences brutales, accabla Marie de reproches sur son ignorance. Enfin il la somma d’abjurer le papisme et toutes les impostures romaines. « Assez ! assez ! s’écria Marie avec impétuosité ; ne « blasphémez pas. J’ai vécu et je mourrai dans la religion « catholique. » Le comte de Shrewsbury réprima le doyen