LIVRE VI
la Grande-Bretagne qu’au mois de juillet (19). Elle cingla pendant sept jours entre Plymouth et Boulogne. Le duc de Guise ne fit tant d'efforts pour s’emparer de la ville française que dans l’intention machiavélique d’offrir un porta Y Armada. Ce fut d’Epernon qui déconcerta les tentatives des princes lorrains.
Boulogne demeura à la France. La prodigieuse flotte 11e put s’y ravitailler. Elle était commandée par le duc de Medina- Sidonia, plus grand seigneur que grand marin. La flotte anglaise était conduite par lord Iloward, un amiral inexpérimenté, mais incomparable d’intelligence et de bravoure, et par deux navigateurs de génie, Drake et Frobisher. Drake fut le grand homme de ce moment.
Il harcelait avec ses navires légers et terribles les vastes et gauches vaisseaux espagnols. L 'Armada devait faire sa jonction dans les parages de la Flandre occidentale avec Farnèse, qui, de son côté, pendant que les deux flottes seraient en observation, transporterait sur des bateaux plats trente mille hommes de troupes dans la Tamise. 11 y eut des empêchements héroïques à ce projet formidable. Henri Seymour, nous l’avons dit, et les Gueux de mer, les intrépides matelots de Hollande, bloquèrent Farnèse, qui fut réduit à 11e point se hasarder hors de ses rades. Et puis Drake avait engagement sur engagement avec l’immense flotte.
Depuis le 19 que Charles Howard, le lord amiral, était sorti du port de Plymouth â la rencontre de la flotte espagnole qui lui avait été signalée dans la direction du cap Lizard, Drake n’avait pas livré une bataille, mais des combats successifs. Un vaisseau castillan n’était pas plutôt détaché de Y Armada disposée majestueusement en croissant, que les Anglais couraient sus et le capturaient. C’était parmi ces insulaires une furie.
Un superbe galion sur lequel était une élite de seigneurs espagnols, ayant eu son mât rompu dans’la chaude action du 21 juillet, fut empêché dans sa marche. Drake, c’était le 22,
200 histoire d’Élisabeth d’ Angleterre
le devina de loin, s’en approcha toutes voiles déployées et le somma d’amener. Valdez, le capitaine du galion, se défendit jusqu’à ce que Drake eût crié son nom. A ce nom redouté, l'Espagnol se rendit avec ses patriciens et ses cinq cents matelots. La présence de Drake était une terreur. Le 27, l’.l rmada jeta l’ancre à peu de distance de Calais. Plus d’un navire manquait.
Jamais homme n’accomplit une plus grande chose que Drake. Il croyait ne combattre que pour l’Angleterre, et il combattait pour l’humanité, pour tous les siècles.
Car V Armada, c était la flotte du démon du Midi. Et ce démon, Philippe II, commençait par Albion et par Elisabeth, l’île et la reine 'du protestantisme, pour s’imposer à l’univers. Si P Armada triomphe, Philippe sera le maître en Europe et aux Indes, le roi et le pape, plus roi que tous les rois, plus pape que le pape ; il sera le catholicisme personnifié et couronné.
1/ Armada avait cent cinquante vaisseaux, huit mille marins, vingt mille soldats, qui, réunis aux trente mille de Farnèse, étaient destinés à compléter une armée de cinquante mille hommes sur le sol britannique. Ces vaisseaux contenaient encore deux mille canons, quinze cent mille boulets, dix mille arquebuses et des vivres pour six mois.
Ajoutez à cela une autre armée en soutanes, en frocs blancs et noirs, les jésuites avec leurs médailles, leurs chapelets, f Inquisition avec ses instruments de torture, chevalets, chaînettes, fers, ceps, camisoles, scies, tenailles de toutes formes, de toutes dimensions, et vous aurez une idée de ce que Philippe réservait à l’Angleterre, à toutes les nations de sa monarchie universelle, et à l’avenir.
Dans la nuit du 29 juillet, Drake lança ses brûlots sur la gigantesque flotte. Le feu y aurait pris comme dans une forêt. Les matelots coupèrent les câbles des vaisseaux, qui se dispersèrent sur l’Océan (V. une estampe de Y Armada, cart. de