LIVRE VI
beth, de la bouche même du grand amiral. Ce fut presque toute la récompense que leur accorda celte princesse économe. Elle lit cependant une pension considérable à lord Charles Howard, qu’elle chargea aussi d’investir du titre de chevalier Hawkins et Frobisher. Drake avait déjà ce grade de noblesse ; voilà pourquoi il ne lui fut point conféré. Mais ce qui valait mieux que les dignités, c’était la gloire. Elle était sur tous ces noms.
Le peuple les avait criés à Tilbury ; il les cria dans les mes, dans les carrefours de Londres, quand, avec toute la pompe des Tudors, sur un char couronné d’un dais et traîné par des chevaux blancs, la reine alla répandre à Saint-Paul devant l’autel du Dieu des armées ses actions de grâces, rendant le trajet de son palais à la cathédrale, à l’église et au retour de l’église, à travers les tapisseries bleues qui imitaient les couleurs de la marine, sous l’ombre des pavillons arrachés à Y Armada, les noms des héros, les noms de Drake, de Howard, de Hawkins, de Frobisher, de Clifford, deNorthumberland, de Raleigh et de vingt autres furent mêlés dans l’immense acclamation nationale au nom de la reine.
Élisabeth avait le droit d’être fière. Elle avait vaincu pour son trône, pour sa foi et pour la civilisation du monde. Ses perles étaient légères, moins pourtant que ne les proclama son gouvernement. Car il est impossible qu’à travers tant de combats et de tempêtes, elles se soient réduites au chiffre officiel. Eussent-elles été quintuples de ce chiffre, elles seraient encore insignifiantes, si on les compare au grand résultat conquis, à l’inaction forcée du duc de Parme et aux naufrages espagnols. L’amiral de Philippe II couvrit dépaves les rivages d’Ecosse et d’Irlande. Jacques VI sauva sept cents matelots du duc de Médina, le lord député de Dublin laissa égorger tout ce qui fut jeté sur les côtes inhospitalières d’Erin. Ce qui revint en Riscaye sous la conduite du malheureux amiral castillan s’élevait au plus à la moitié de Y Armada. Deux
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galions sautèrent par accident, au terme de cette campagne tragique, à l’entrée du port de Saint-André.
Il arriva précisément au duc de Medina-Sidonia, dans les houles de l’Océan, ce qui était arrivé à Antoine dans les parages d’Actium. Ses vastes navires furent d’immenses machines immobiles, les jouets des vents, des flots et des brûlots de Drake, comme les vaisseaux de l’amant de Cléopâtre avaient été la proie des agiles bâtiments d’Octave.
Philippe Use résigna au plus grand désastre de son règne avec une sorte de stoïcisme chrétien. « Une branche a été coupée à ma monarchie, dit-il, mais le tronc est encore vert.» Il secourut les survivants et les familles des morts, qui montaient à plus de dix mille. Il remercia Dieu de ce que la flotte n’avait pas disparu tout entière. 11 fit grâce au duc de Médina et approuva Farnèse de n’avoir pas témérairement tenté la fortune. 11 défendit tout deuil national et limita les deuils privés à une durée de trente jours. Mais il ne retrouva jamais son ancienne prépondérance, et Élisabeth ne déchut jamais non plus de celle que le génie de son peuple venait de lui conquérir.
Deux médailles furent frappées sous les auspices du gouvernement de la reine. La première représentait une flotte courant à pleines voiles, avec ces mots : Yenit, vidit, fugil. La seconde médaille représentait aussi une flotte dispersée par des brûlots avec cette devise : Dur fœmina facli; chevaleresque adulation qui réjouit à leur bord Charles Howard, Drake, Hawkins, Frobisher et les autres!
L’Angleterre sortit vivante de l’Océan qui devait l’engloutir. Mais son honneur fut de comprendre que son progrès soit par les batailles, soit par les découvertes, soit par les colonies, était sur toutes les mers.
Le danger où la mit V Armada éclaira la Grande-Bretagne d'un trait de lumière.
Philippe II était un Xerxès catholique. Comment échapper