‹ Histoire d'Espagne, 5Chapitre 10 sur 282 · CHAPITRE DIX-HIITIÈ · texte numérisé non relu

CHAPITRE DIX-HIITIÈ

de la première lune de rabieh 400 , un samedi , d'après Ebn Hayyan (5 novembre 1009), à Djébal Kantisch (Gebal Quintos suivant Conde), et il s'engagea une bataille que commencèrent les Andalous avec leur cavalerie. La mêlée fut affreuse, et en peu d'heures vingt mille Cordouans furent étendus sur le champ de bataille, tant morts que blessés. Ebn Hayyan raconte que dans ce combat périrent plusieurs illustres personnages de Cordoue, entre autres Abou Othman ben El Djézar et Aly ben Fath, illustres poètes et wazirs du conseil, qui entrèrent dans la mêlée , et ne reparurent plus jamais ni morts ni vivans 1 .

Le succès de la bataille de Kantisch doit être sans contredit attribué à l'intervention des Castillans conduits par Sancho; mais ils figuraient là pour le compte d'un allié, et non pour leur propre compte. Les annales chrétiennes font mention du fait; mais quelques-unes sans donner aucun détail, en sorte qu'il semble que les succès des armes castillanes sur les terres des Musulmans furent indépendans des révolutions intérieures de leur empire. « Dans l'ère mxlvh, dit l'une, le comte Sancius Garsia entra sur les terres des Maures jusqu'à la ville de Molinaet détruisit le pays d'Azenca2.» «Dans 1ère mxlvh, dit l'autre, le comte Sancius détruisit Cordoue 3 . » Les Annales d'Alcala toutefois donnent plus de détails: — « Dans l'ère mxlix, disent- elles ( lisez mxlvh ), le comte Sancius Garsia entra sur la terre des Sarrasins par Tolède, et il pénétra jusqu'à Cordoue et installa roi Zuleman dans le royaume Cordouan, et il s'en retourna, après avoir remporté de grands avantages, en Castille sa province-'». » Ainsi, d'après elles, l'ex-

1 Ebn Hayyan, dans Conde, c. 106.

2 ln era mxlvii iogressus est cornes Sancius Garsia in terra Maurorum usque in chiUtem Molioa, et destraxit lerram Azencam {Anu. Corapl., ad ann. 1009).

3 Era MXLtii destruxil cornes Sancius Cordubam (Chr. Kurgens., ibid.).

* In era mxlix (lege mxlvii) in mense novembri iogressus esl coin es Saocios Garsia in lerram SarrareDÔrom in Toleto, ei perrciii in Conloba, et po»uit Kex

pëdition de Souleïman se fit en novembre, ce qui concorde avec la date de la bataille de Kantisch donnée par les Arabes ; nous apprenons de plus qu'elle s'exerça d'abord sur les terres de Tolède , dont Azenca , le cbàteau actuel d'Aceca (el cnstillo de Aceca), touche presque la capitale. Un chrétien, dont la vie est des plus singulières, combattait du côté des Cordouans à Kantisch : c'est ce Raymond dont nous avons parlé ailleurs, qui, fait prisonnier par les troupes andalouses en Afrique, avait pris du service dans leurs rangs. Présent avec beaucoup d'autres chrétiens à la bataille où Souleïman demeura vainqueur, il fut repris par le comte Sancho et rendu à la liberté après quinze années de courses et d'aventures, dont la plus singulière fut de retrouver en rentrant dans son pays sa femme remariée et ses biens aliénés l.

Mohammed, vaincu et rejeté dans la plaine de Baylen , s'enfuit avec les débris de son armée , traversa la Sierra, et se rendit dans la campagne de Calatrava, et de là à Tolède , dont était wali son fils Obeïdallah ; tandis que l'heureux Souleïman marchait sur Gordoue avec son armée victorieuse. Les habitons manifestèrent le dessein de s'opposer à son entrée; mais, par le conseil de Wadhah el Ahméry, on ouvrit les portes au vainqueur. Souleïman, toutefois, se défiant avec raison des habitans de la capitale, tant à cause de leur ancienne inimitié contre les Africains, qu'à cause de la terreur et de la haine qu'avait inspirées le carnage récent de Djébal-Kantisch, et enfin son alliance avec les chrétiens et leur présence dans son armée, ne voulut point d'abord entrer dans Cordoue sous divers prétextes. Il chargea le Slave Wadhah d'y maintenir l'ordre en son nom, et demeura avec ses troupes dans les environs jusqu'au 1 5 de la dernière lune

Zuleman in regno Cordubcnsi, et cura grandi Victoria reversai est in Castella in sua provincia (Annal. Complut., p. 312).

l Sur ce Raymond, voyez le recueil des Hollandistes, G octobre, p. 527, et cidevani, t. iv, p. 4iî».

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