‹ Histoire d'Espagne, 5Chapitre 9 sur 282 · CHAPITRE mx- HUITIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE mx- HUITIÈME

pacificateur par la gracede Dieu), titre qui , comme le remarque un historien, contrasta singulièrement avec les troubles qui accompagnèrent son règne et entraînèrent la ruine de la monarchie des Ommyades en Espagne. On fit la prière pour lui dans toutes les chaires des mosquées d'Espagne, et l'on battit monnaie à son nom.

Mohammed el Mahady avait, à ce qu'il semble , trouvé la garde africaine peu favorable à son ambition durant la suite d'intrigues auxquelles il venait d'avoir recours pour arriver au khalifat. Par esprit de vengeance ou pour plaire au peuple de Cordoue, par qui la garde des Zénètes africains était abhorrée, il lui intima l'ordre, sitôt après son avènement, de sortir du palais et de la ville sans retard ni prières. Les généraux de cette garde, offensés de ce brusque exil, se concertèrent et arrêtèrent qu ils désobéiraient , à tout prix et à tout risque, à l'ordre du khalife. Ils prirent les armes, et leur capitaine Hescham Raschid ben Souleïman ben Abd el Rahman el Nassr excita les Zénètes et les Berbers placés sous son commandement à attaquer à force ouverte le tyran Mohammed, qu'il traita hautement de perfide et de meurtrier de son prédécesseur. Les conjurés assiégèrent le palais, demandant à grands cris la tête de Mohammed l'usurpateur (el taghi). Celui-ci, avec ses gardes andalous, fit une sortie contre les conjurés, et il s'engagea une lutte sanglante entre les deux partis : le peuple accourut en foule contre les Africains; obligés de se retirer, ils firent un grand carnage de ceux de la ville, qui, avec plus d'ardeur que de prudence, s'étaient présentés à un combat inégal ; la mêlée dura toute la soirée, une grande partie de la nuit, et recommença à l'aube du jour suivant. Les Africains furent forcés enfin d'abandonner leurs quartiers et de sortir de la ville; ce qu'ils firent en combattant et en contenant la multitude qui cherchait à Jes enfoncer. Dans cette périlleuse retraite le vaillant chef des Africains Hescham ben Souleïman étant tombé blessé de

HISTOIRE D BSPAG1VE.

son cheval au milieu d'une troupe de cavaliers andalous, fut pris et conduit en présence d'El Mahady, qui, sans pitié,lui fit incontinent couper la tète; on la jeta par dessus les murailles aux Africains, déjà refoulés hors de la ville, comme pour les intimider par cet acte de rigueur. Mais, furieux de la mort de leur chef, ceux-ci lui donnèrent pour successeur et pour vengeur son cousin Souleïman ben £1 Hakem ben Souleïman ben El Nassr, qui, trop faible pour continuer le siège de la capitale ou même pour tenir la campagne contre Mohammed, leva le camp le jeudi 5me jour de schawal de cette année 399 (2 juin 1009). L'intervalle probable de leur sortie de Cordoue et de leur départ dut être de quinze à vingt jours, pendant lesquels ils menèrent la vie des nomades dans les champs voisins ». El Homaïdy rapporte qu'avant de partir il entra de force dans Cordoue le Gmejour de schawal, mais qu'il se vit aussitôt forcé d'en sortir, et partit pour les frontières de Galice (lisez de Castillc), où il lit avec le comte Sancbo, roi des chrétiens, un accord par lequel il lui promettait son amitié et un certain nombre de forteresses situées sur cette frontière s'il voulait l'aider contre Mohammed l'usurpateur, qui prenait injustement le titre de khalife à Cordoue2.

Sancho répondit favorablement aux offres de Souleïman , et Souleïman, avec un corps de chevaliers chrétiens formant une troupe d'élite, a la tète de laquelle était le comte de Castîflc en personne, reprit le chemin de Cordoue où ses Berbers avaient à cœur d'exercer de terribles représailles. Instruit par ses espions des mouvemens de l'armée de Souleïman, Mohammed fit un appel à l'énergie des Cordouans,et réunit en peu de jours une armée nombreuse avec laquelle il se porta au devant de l'ennemi; la rencontre des deux armées se fit vers le milieu

1 Tant quidam nepolem Iscn, qui Zuleman dicebalor, super se principem lewerunt, et extra Cordubam peragrabani ( Roder. Tolel., Uiat. Araeom,

2 El Homaïdy, dans Coude, c. 10».

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