CHAPITRE VINGT-QUATRIEME
qui, accoutumés à se révolter contre leurs propres princes léonais, se croyaient bien plus autorisés à le faire contre un roi étranger qu'ils regardaient comme un ennemi. L'un des rebelles, dont il nous reste l'histoire, est le comte Laïn Fernandez. Parmi les biens qui lui furent confisqués se trouve le monastère de Saint-Jean-de-Léon, que le roi donna ensuite à sa fille domna Urraca 1 .
Pour bien comprendre l'histoire de ce règne glorieux, jetons un coup-d'œil général sur la situation de la Péninsule à l'époque où nous en sommes. A Léon, nous venons de le voir, régnait Ferdinand , fils de Sancho- le- Grand , de Navarre. Garsia, frère aîné de Ferdinand, avait la Navarre et la Cantabrie 2 ; Ramire , autre frère de Ferdinand et de Garsia, V Aragon. Un plus jeune frère, nommé Gundisalvus, dont V existence toutefois paraît problématique, était en possession, dit-on, du royaume de Sobrarbe et de Bibagorza, qui passa bientôt, par un concours de circonstances dont l'authenticité n'est rien moins que certaine , aux mains du roi d'Aragon Ramire. Les trois frères portaient chacun le titre de roi, par la volonté de leur père. A Barcelone, Raymond, dit l'Ancien, comte de la principauté qui en dépendait , avait succédé ( en 1035) l'année même de la mort de Sancho, à son père Bérenger 1er; singulièrement petit de stature, Raymond Bérenger Ier ( le Ebn Barandjah des Arabes) était connu par l'énergie du caractère, et par la valeur militaire. De deux
l Risco toutefois réroque en doute la rébellion du comte Lain Fernande* (AU 4e Ferdinand}. Voy. Espaii. Sagr., etc.
* Un acte de donation au monastère de Saint-Millan porte : — Facta char ta in era mlxxvi (1038) régnante Garsea rex in Pampilona et in Caatella usque ad Zamoram ; d'où il paraît que Garsia, dès ces premiers temps, régnait, ou croyait régner, do consentement ou non de son frère, snr tout le pays qui s'étend des Pyrénées au Dooero jusque vers Zamora. Dans deux diplômes de l'année 10SG, on lit simplement: Régnante Garsea in Pampilona et in Caslella Vetula. La mèrae formule se retrouve dans plusieurs actes subséqueas , dan « un, entre autres, portant la date de 1080.
épouses appelées Tune Radolnau ri, l'autre Àlmodis, il avait ea quatre enfans, Pierre et Bérenger de la première, et Raymond et un autre Bérenger de la seconde ; lequel Bérenger fut surnommé Tête-d'Etoupe, à cause de l'immense chevelure rousse qui couvrait sa tète1. L'empire des Musulmans était divisé, ainsi que nous l'avons établi dans les chapitres précédens, entre presque autant «de rois qu'il y avait de grandes villes, et nous avons tâché, malgré le peu de clarté des documens, d'en donner l'histoire ou au moins un aperça aussi complet qu'il nous a été donné de le faire.
La Catalogne , dans le même temps , était divisée en un grand nombre de principautés ou comtés2 qui, tous, soit à titre de vasselage, soit à titre de simple hommage, dépendaient du comte de Barcelone Raymond Bérenger Ier, dont nous venons de parler. Raymond, marié à Adala, était déjà comte de Cerdagne du temps d'Alfonse V et de Bermude III, et il conserva cette suzeraineté sous le règne de Ferdinand et même trois années plus tard jusqu'en 1068 a.
Dans le comté de Besalu, Guillaume-le-Gros gouverna jusqu'en 1052, s'il faut en croire l'historien anonyme de Ri poil, dans le monastère duquel il fut enterré. Mais d'après un acte consenti par ce même comte en faveur de la cathédrale de Girone, il dut vivre pour le moins trois années de plus, jusqu'en 1055, à moins que la date de cet acte ne soit erronée*. Son fils et successeur Bernard, homme bon et charitable , marié à Ermeniarde , femme également très pieuse, vécut jusqu'en 101 1 , et fut enterré à Ri poil. Gomme il n'avait pas d enfans, il nomma pour lui succéder dans ses
t G esta eomitnm Barcinonensium.
2 Les sources sur toute celle partie de 1'uistolre de la Péninsule sont le moine anonyme de Ripoll, dans ses Getta Comitum Barcinonensium, et les divers documens savamment rassemblés par Pierre de Marca et Baloxe dans leur Marc* Wspanica : ces sources fourniraient une ample matière à une histoire a .pari des états Hispano-Pyrénéens a cette curieuse époque : nous y renroyoni en gréa le lecteur.