CHAPITRE VINGT-QUATRIÈME
de Pampelune, sans doute pour être à portée d'agir eu avant de TÈbre, acquit sous lui une importance qu'elle n'avait eue encore en aucun temps; ii l'embellit de plusieurs édifices, et loi et sa femme Stéphanie y firent élever, par un architecte arabe, ou d'origine arabe (à ce qu'indique son nom), quoique vraisemblablement chrétien, l'église métropolitaine de Sainte- Marie, qui encore aujourd'hui subsiste x. La prospérité toutefois des royaumes-unis de Gastille et de Léon sous le plus jeune de ses frères était pour Garsia un sujet de jalousie secrète. Cette jalousie, d'abord contenue, éclata en 1054. Les historiens s'accordent tous à attribuer les premiers torts au roi de Navarre. Ainsi, Garsia étant tombé malade à Najera, Ferdinand, mu par son amitié fraternelle, s'était empressé de se rendre auprès de lui ; mais il n'y était pas plutôt arrivé que Garsia avait donné des ordres contre lui , et des ordres dont le bat, à ce que tout indique, était de se défaire du roi de Léon et de Gastille en le faisant mettre à mort. La crainte empêcha seule cette énormité de s'accomplir, suivant le moine de Silos ; et Ferdinand, averti probablement par quelque ami des projets de son frère, n'çut que le temps tout juste de se sauver dans sa patrie*. Peu après, étant tombé malade à son tour, Garsia crut devoir se rendre près de son frère, plus, à ce qu'il semble, pour faire oublier son projet fratricide, que pour tout autre honnête motif; mais, instruit que, malgré toutes vjes feintes, Garsia avait soif de régner seul, et ne souhai-
» Voici la curieuse dédicace de cette église :
BBÂ.TM MABLK QVAM SI NRSCIBBT * SB QVIS DVB1TARET > CKRTISSIMB SCIAT HOC FBCIT BEI GABSIA8 HJKC BEI P11SSIMTS FBCIT GARSIA BB1UGNVS ET STBPHAN1A MB FACTUM STB UONORK MABI.C SC1L1CET ALMANII pECVS ABTIFICIS VEMBBANDI.
* Pott ubi T«ro timoré tantam rem impediente, id frustra fuit, Fredioajidui strictito recep:l se in palliant (oum. ÎJ2).
226 HISTOIRE D ESPAGHI.
tait rien tant que sa mort avec ses familiers, Ferdinand, irrité de ses menées et emporté par la colère, le fit charger de liens et jeter dans le château de Ceya. Mais le rusé Navarrais s'en évada peu de jours après, par l'infidélité des soldats charges de le garder, et regagna incontinent ses foyers , c'est-à-dire, selon toute probabilité, sa capitale Najera1.
De ce moment, Garsia furieux chercha ouvertement des occasions de guerre contre son frère, et, altéré de son sang, ravagea à main armée celles de ses frontières qu'il put immédiatement entamer ».
Au bruit de ces agressions, Ferdinand rassembla une armée formidable aux frontières de la Galice, et se prépara à se venger de l'injure faite à son royaume. Il envoya toutefois à Garsia, jusque sur ses frontières, des légats habiles et honnêtes, chargés de lui demander le maintien de la paix, de conjurer la conflagration des glaives mortifères, de lui bien représenter qu'après tout ils étaient frères; que chacun pouvait décemment et tranquillement vivre dans son royaume ; que, d'ailleurs, il ne saurait, lui Garsia , avec des forces de beaucoup inférieures, résister à la multitude armée que Ferdinand faisait marcher contre lui. Biais Garsia, violent et irrité de toutes ces représentations, la légation entendue, en dépit de la pieuse proposition de son frère, fit jeter en prison se» envoyés; puis, tout-à-coup, révoquant ses ordres aussitôt après les avoir donnés, les fit ehasser de sa présence, et les renvoya ignominieusement à Ferdinand, disant qu'il saurait bien, leur seigneur vaincu, les traîner prisonniers dans son pays, comme un vil bétail qu'on pousse devant soi (more pteudum). Garsia parlait ainsi, observe le moine de Si-
1 Que lef projet! de Garsia fussent graves et dea plus sinistres, cela résolu évidemment de ces paroles du moino de Silos : — Quippe ut sol as regno potirelur, non? solom,, infirmité le fuisse dctenlum (Fredlnandum), rerura de boc mondo funditùs exisse desiderabat, ita habent sese regtfm aride mentes.
2 Acer et foribundus caepit occasiones belli querere, alqae fraternum
saniuinem siliens, ejasdem fines, quos attingere poterat, hostiliter dévastai*.