CHAPITRE VntGT-QUATRlÈMK
furent tués à ses côtés. Il eut toutefois le temps, dit-on , de se confesser au saint abbé de Ona, dont il a été parlé plus haut'.
Les Castillans et les Léonais vainqueurs poussèrent alors le cri de victoire. La nouvelle de la mort de Garsia , répandue dans le camp des Navarrais, y porta l'épouvante, et la fuite de l'armée navarraise ne tarda pas à se déclarer. Les soldats de Ferdinand poursuivirent les fuyards l'épée dans les reins; la déroute fut complète. On dit cependant que le roi voulut qu'on distinguât entre les vaincus, et qu'il recommanda expressément aux siens de ne traiter sans pitié que les seuls auxiliaires musulmans de son frère de Navarre, et, quant aux Navarrais, de les forcer à battre en retraite seulement, en leur ménageant le temps de sauver leurs vies. Les chrétiens furent ainsi épargnés jusque dans leur liberté; mais les Maures alliés de Garsia, qui avaient pris part au combat, lorsque la défaite et la fuite furent devenues générales, furent pour la plupart faits captifs. Ferdinand fit recueillir et transporter le corps de. son frère jusqu'à Najera , où il ne tarda pas à entrer en vainqueur, et l'y fit ensevelir, avec tous les honneurs dus à son rang, dans l'église de Sainte-Marie de Nagera, cathédrale de cette dernière ville, que Garsia avait choisie et érigée en capitale de ses états2. Suivant le moine de Silos, auteur contemporain , la bataille d' Atapucrca eut lieu en l'année 1054 ; il n'en donne pas le jour ; mais nous savons que ce fut le 1er septembre, par les annales de Compostelle3.
* Cohors tamen fortissimoram militant, quoi ptulo teligl, Iaxis bnbenis, de- ■uper incorsantes, per médias acies secando oinnem impelom, crispatia battis, in Garsiam regem loferont , atqoe confcssum , exanimem in terrain de eqoo précipitant.— Voyez Yepes, pour la dernière circonstance, Coronica de laOrden dt San Benito.
2 11 est dansqnelqoes diplôme* appelé simplement roi de Najera ( rcx Nagarn).
3 Sed et Mauri, qui pugoss subierunt, dum fugam arripere moliuntur, magna pars illornm captivata est. Era mcti. Oorpos vero Garsia) régis in Eceleaia Beats» Marias Najarcnsis sépultures traditur, qoam ipse a fundainento derote constroxerat , alque argento et auro , sericisqae indumenlia poichre ornarerat (¥0-
230 HISTOIRE D'ESPàGHI.
Suivant un antre récit pins moderne , Tannée dn roi de Castille , arrivée à l'entrée de la nuit dans la vallée d'Atapuerca, se fortifia sur un monticule qui, par son élévation, parut être la position la plus avantageuse. Les courtisans et les officiers du roi de Navarre, estimant sa ruine assurée, tant à cause du petit nombre des combattans qu'il avait à opposer à l'ennemi , qu'à cause du mécontentement des troupes qu'il avait indisposées par la dureté de son commandement, le supplièrent instamment d'accepter la paix ; mais il resta inébranlable dans sa résolution , et si déterminé à surmonter toutes les difficultés que plusieurs de ses officiers ne lui cachèrent pas leur mécontentement. Deux d'entre eux qui, suivant Roderich Ximenez, avaient plus particulièrement à se plaindre du roi, parce qu'il avait confisque leurs biens, passèrent la nuit à l'ennemi. A la pointe du jour les avant-postes ayant commencé le combat , le vieux gouverneur de Garsia le supplia en pleurant de renoncer à sa folle entreprise ; mais ce brave homme, dont la chronique n'a pas conservé le nom, n'ayant pu vaincre l'obstination du roi , se mit dans les rangs avec son épée et sa lance , mais sans bouclier, sans casque et sans cuirasse, pour en finir avec une vie qui lui était devenue insupportable , et ne pas voir mourir son seigneur. Les craintes du vieillard ne tardèrent pas à se réaliser : le gros des deux armées s'étant rapproché, quelques officiers de l'ancien sang royal de Léon, excités par la reine domna Sancha (et en ceci la chronique est d'accord avec le moine anonyme de Silos), commencèrent l'attaque avec une telle ardeur, que Garsia et deux nobles guerriers qui étaient près de lui
nacb. Silens. Chr.,ubi supra). — Lucas de Tuy n'ajoute aucune circonstance particulière au récit du moine de Silos , qu'il reproduit d'ailleurs exactement dins les mêmes termes, sauf que là où le moine anonyme dit : mane itaque faclo, quum primo Titan emergeretur undit, Lucas met : mane itaque facto cum primo $ol rtfuhitsct , différence toute littéraire de rédaction et qui laisse les choses entières daus le fond.