CHAPITRE VmGT-QUÀTRIÈMI
forent renversés d'un coup de lance : Rodrigue Ximenez attribue ce haut fait aux deux officiers qui avaient déserté de l'armée du roi de Navarre. L'auteur des annales de Cornpostelle, qui n'est pas d'une plus grande autorité, assure que le roi mourut des mains de Sancho Fortunez , l'un de ses soldats, dont il avait déshonoré la femme1.
La mort du roi fut suivie de la déroute de son armée qui , dans le désordre, aurait pu facilement périr tout entière si Ferdinand n'eût arrêté l'ardeur de ses soldats ; vainqueur, il aurait pu aussi s'emparer incontinent du royaume de Navarre; mais il préféra le laisser au fils dt Garsia qu'il croyait assez puni par la mort de son père, et se contenta d'enlever à son neveu Najera et quelques terres vers TÈbre.
Le roi de Navarre Garsia, frère de Ferdinand, perdit cette bataille et la vie, avons-nous dit, le l*r septembre 1054, après un règne de dix-neuf ans et sept mois; il fut enterré dans l'église de Sainte-Marie de Najera qu'il avait fondée et dotée pour la plus grande gloire de cette ville, où il tint presque toujours sa cour, d'où lui vient le nom qu'on a coutume de lui donner de roi de Najera. Sa femme se nommait Stéphanie; elle était de la maison des comtes de Barcelone, fille de Bérenger II , comte de Barcelone, et de domna Sancha , issue des comtes de Castille. Stéphanie survécut à son mari trois ans et demi, jusqu'au 25 mai 1058. Dans le testament qui nous reste d'elle il est fait mention
i Ira «xcii (1054), occisus est Gardas rex kalendis septemb. depugnaiu cum fratre auo rege F. in Ataporca, à quodam milite soo Sancio Hortunones , quia fedaverat oiorem «jus. lste œdiûcavii ecclesiain Sancta Marias de Ragera ( Ann. Compostel., p. 319).— La chronique de Burgos ditloul simplement : — Era mxcii • (1034), occisus est Garseas rex à fratre suo Ferdinando in Ataporca (Chr. Burgtn*., p. 309). — Quant à la chronique de Cardena, Tune des premières écritea eo langue vulgaire, elle exprime avec une égale brièveté ou plutôt traduit i peu près du latin la notice telle quelle du combat d'Alapucrca : — Era mxcii fue gran facienda (dit-elle, p. 371), entre cl Rey D. Ferrando de Casiiella, ô el Rey D. Garcia de Navarra en Atapuerca, è murio el Rey D. Garcia , é otroi muehos con el, é matol su hermano este Roy D. Ferrando.
de ses enfans, au nombre de huit, savoir quatre garçons et quatre filles : Sancho , Ramire , Ferdinand et Raymond , Urraca , Ermisenda , Xemena et Mayor. Sancho 1 aîné hérita de la couronne de son père et régna vingt et un ans et neuf mois, jusqu'en l'année 1076, comme on le verra plus bas x.
Libre de la jalousie du turbulent Garsia, et de toutes inquiétudes intérieures, Ferdinand n'eut plus d'autres désirs que de combattre les barbares et de fortifier l'église du Christ , pour parler comme le moine de Silos ; et , dès le printemps suivant, ou plutôt au commencement de l'été (1055), temps auquel l'abondance des pâturages permet à une armée principalement composée de cavaliers de se mettre en campagne, il passa le Duero avec toutes ses forces réunies, en cette partie de son cours qui baigne la partie la plus occidentale de ce qu'on appelait alors les champs Gothiques (aujourd'hui Tierra de Campos) , puis le Tonnes de Salamanque, et pénétra en Portugal selon toute apparence par les environs d'Almeida.
Les historiens généraux d'Espagne, je ne sais par quel étrange entraînement, donnent tous, au commencement de cette guerre, une date antérieure de plusieurs années à la véritable, les uns, avec Ferreras, de onze ans, les autres de seize, avec Mariana, Diégo de Saavedra, Prudencio de Sandoval et beaucoup d'autres : ce en quoi ils sont tous en opposition flagrante avec les dates des annales et des chroniques quasi contemporaines; mais surtout avec le témoignage explicite et formel du moine de Silos, écrivain tout-à-fait contemporain , qui , à deux reprises , s'exprime à cet égard de manière à ne laisser aucune place au doute ; la première fois lorsqu'il dit que Ferdinand, empêché par la jalousie de son frère Garsia , n'entreprit rien pendant l'espace de seize ans, hors des limites de son royaume , contre l'ennemi extérieur;
1 Voir le testament de Stéphanie, reine de Navarre , dans Yepw, Coronica, et dans Morcl, inTest'salione» historicai, I. m, c. 4.