CHAPITRE VrSGT-QUÀTRIÈME
incommodaient surtout les assiégeans du haut de deux tours de construction romaine qni subsistent encore dans la partie la plus élevée de la ville , et dont une sert aujourd'hui de clocher à la cathédrale, à laquelle elles sont contigués. C'est àViseu, qui n'a guère, de nos jours, que 9,000 habitans, que réside le governador das armas de la Haute-Beira.
Incontinent (improperè), Ferdinand alla mettre le siège devant Lamecum (Lamego) qui , malgré l'élévation de ses murailles et sa réputation d'inexpugnable, ne put résister longtemps au déploiement extraordinaire de machines et de tours de bois dont il la fit environner et presser, et du haut desquelles ses soldats battirent en brèche les fortes murailles de la ville avec tant d'ardeur et de persévérance qu'en peu de jours ils y pratiquèrent une ouverture, par où ils y pénétrèrent en nombre suffisant pour la réduire. Partie des Maures qui la défendaient furent égorgés ; les autres forent mis aux fers et voués au service des églises; car toujours le pieux roi Ferdinand avait soin que, des dépouilles provenant de ses victoires, la meilleure part fût, en l'honneur du suprême artisan qui les lui accordait, distribuée entre les églises et les pauvres du Christ'. Poursuivant ses succès, il prit dans la même campagne la forteresse de Saint-Just, située sur le fleuve Malva, et le château de Tharoca , que quelques historiens croient être les petites villes de San-Martin et de Taranza, ainsi que plusieurs châteaux du voisinage que le chroniqueur néglige de nommer ; et il fit raser tous ces châteaux jusqu'au sol , afin que les barbares n'y tinssent plus à l'avenir des garnisons incommodes aux chrétiens, et perdissent tout espoir de garder ces frontières2.
« Siquidem Fernando! rex solerll seraper cura proyibebal, ut de vlctoriarnm suarom spolila ad laudem lummi opifleis, qui eu m viclorem reddebal, melior part per eccleaias et Cbrlali paupercs , disiribueretur (nom. 87).
2 <„juae ne in eis contra ebristianos , eo quod importunitate locorum infesta era ni, Barbari ullerius preesidia ponerenl, ad solum uaque deatruxit (I. c).
La prise de Viseu eut lieu le 25 juillet, et celle de Lamego lé 29 novembre 1057, jour de la fête de saint Saturnin qui, en cette année 1057, tomba effectivement un samedi, comme l'exprime formellement la Chronique de Coïmbre1. -
Suivant une vieille chronique citée par Brito, Lamego avait pour gouverneur un chef arabe du nom de Zadan Iben Haim, fils de Huim Aboacen, lequel était un des principaux sahebs de cette partie de l'Espagne , et obtint de se retirer sur les terres qu'il avait peuplées entre le Duero , le Tavora et le Vouga, à la charge par lui de payer tribut au roi chrétien*.
Lamego, située à une lieue du Duero, cinquante-six de Lisbonne, vingt-deux de Coïmbre, seize de la Guarda, neuf de Viseu et douze de Porto, est actuellement ce que les Portugais appellent une cidade, et le chef -lieu de la Comarca de ce nom. Lamego est bâti au pied du mont Penude , près du Balsamâo et à une lieue du Duero qui coule au nord de la ville, dans une campagne fertile en fruits et surtout en vin excellent. Sa population actuelle est d'environ 9,000 habitai» comme celle de Viseu , et ne devait guère être plus considérable au onzième siècle. Ferdinand fit purifier et vouer au culte du Christ la principale des mosquées arabes (la Djemmah- Kibireh ) qui subsiste encore aujourd'hui. Plusieurs parties de cette mezquita sont d'une bonne conservation, et présentent tous les caractères de l'architecture sarrasine proprement dite. La cathédrale, au contraire , bâtie , comme nous le verrons dans la suite, par le comte Henri de Bourgogne, gendre d'Àlfonse VI, et père du premier roi de Portugal Alfonse Henriquez, sur un angle de terre ou presqu'île formée par
1 Era «lit (1087) rex Fernando» accepit Vieeo thi kalendaa Aogoali (Cbr. Conimb., p. 537). Presaa fuil civiUa Viseu vm kls Aogoali in die 8. Cacufali per manus Fernandi régis. — Era mlx? (1037) rex Fernandus cepil Lamecnra m kalendaa decembris in die S. Marlini (logo S. Saturnini) in Sabbato (Cbr. Conimb., p. S37).
2 Brito , Monarrhia Lusîtana , t. h , I. vu , c. 28.
CHAPITU VIÎIGT-QCÀTIUFMr
la jonction du petit rio Jafel avec le Bakamào, appartient à l'architecture allemande dont le otyle domina particulièrement en ce siècle, et ne commença à se modifier, par le mélange des formes sarrasines, que dans le suivant. Ferdinand ne mit point d'évêque à Lamego pas plus qu'à Viseu, sans doute parce que la population des deux villes, après l'expulsion des Musulmans qui les habitaient, fut d'abord trop peu considérable pour mériter les soins d'un pasteur particulier
Ces succès animèrent Ferdinand. Coïmbre était, dans cette région , le chef -lieu , ou mieux , la capitale d'une sorte de confédération musulmane, ne relevant, à ce qu'il semble, que nominalement des émirs de Badajoz, et, à plus d'un titre, la ville prépondérante de cette frontière extrême des royaumes arabes de l'Àndalous. De sa possession dépendait la possession du reste de la contrée, et Ferdinand conçut dès lors le projet d'en faire la conquête. Il se rendit incontinent dans ce dessein au tombeau du bienheureux Jacques l'Apôtre, pour en implorer l'intervention favorable dans l'entreprise qu'il méditait; et, le 20 janvier 1058, il se présenta au-
i Lamego dépendit , dés l'année suivante, de révéché de Coïmbre, jusqu'en 1144, que le premier roi de Portugal Alfonte Henriquei lui donna pour évéquo Domnus Menendus , par lequel commence le catalogue des évéques modernea de Lamego. — Avant ce temps, le pape Pascal II (la papauté intervenait alors sou- * verainement dans les affaires de la chrétienté), écrivant à l'évêque de Coïmbre Domnus Mauritius, le chargea expressément du soin d'administrer les territoires de Lamego et de Viseu : — Episcopalium quondam cathedralium eccltsias Lamecum et Viseum tua; tuorumque successorum provisioni curasque committimus (voy. l'appendice du t. m de la Monarchie Lusitana de Drito , escril. 14). — La première mention de l'évéebé de Lamego se trouve dans tes actes du concile de Lugo , tenu avant le second concile de Braga , au temps des Suèves , vers 370. Laraecum y est nommé avec Tuentica, Atauoca, Cantabiano, Omnia cl Camianus. En ce temps l'évéché de Lamego était suffraganl de Bracara , parce que les Soéves, maîtres, au sud du Duero, de quatre evêchés dont faisait partie celui de Laraecum , qui , dans les anciennes délimitations ecclésiastiques de la Lusitanie du temps des Homains, ressortissall de Mérida, ne possédait point cette deroiére Tille , avaiehl attribué Lumccum à la juridiction de leur métropole galicienne : attribution conservée sous les Goths , jusqu'à ce que Ueceswinlh eut rendu Laraecum ci les autres églises de la province à l'ancienne juridiction do Aiérida.
HISTOmK D'ESPAGNE.
dacieusement sous les murs de la ville que, par le secours divin, il espérait faire rentrer sons les lois de la chrétienté. Il avait, dans cette vue, imploré pendant trois jours et trois nuits, par d'humbles et ferventes prières, l'intercession du saint apôtre protecteur des armes espagnoles. Le moine de Silos insiste infiniment sur ce point, et nous montre le pieux roi allant deux fois implorer saint Jacques pour le succès de ses armes contre Coïmbre1.
Située dans la partie la plus occidentale de la Beira formant le district que les Portugais appellent distrito de Beira- Mor ( Beira -Major ), à 7 lieues de l'Océan, 32 de Lisbonne, 18 de Porto et 12 de Viseu, sur la rive droite du Mondego, dans la plus favorable exposition, au penchant méridional d'une colline qui la défend des atteintes du nord, et dominant de là tout ensemble le fleuve, jusqu'au bord duquel elle descend et qui lui fournit les meilleures lamproies et les aloses les plus renommées de tout le Portugal , et les campagnes et vallées voisines où croissent en abondance 1a vigne, l'olivier, l'oranger, le citronnier, l'amandier, le grenadier , toutes les espèces à fruit des climats méridionaux en même temps que le blé, le seigle, l'avoine, le maïs, etc., Coïmbre était, comme elle l'est demeurée, une ville riche et importante, mais de difficile accès; et Ferdinand n'en fit pas la conquête, à ce qu'il semble, aussi facilement et surtout en aussi peu de temps que, selon toute apparence, il se l'était promis. On ne connaît point les détails du siège ; tout ce que les historiens nous apprennent, c'est qu'il dura au moins six mois, et que la ville se rendit au roi chrétien à certaines conditions, à la suite d'un traité, et par capitulation, soit que la famine l'eût réduite aux dernières extrémités , soit que le mauvais état des murailles, battues par le bélier et en partie rompues dans ces derniers temps, lui fît craindre
i Monach. Silenf. Chr., nom. 87.