‹ Histoire d'Espagne, 5Chapitre 12 sur 282 · CHAPITRE DIX-HUITIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DIX-HUITIÈME

propre armée l'insubordination était extrême, et les mauvaises pensées communes. C'est ainsi qu'un Berber, probablement d'un rang élevé, essaya de lui persuader qu'il ferait un acte politique et d'un bon Musulman en permettant à ses soldats de tuer les chrétiens pendant qu'on les tenait, afin qu'ils ne pussent venir en aide à aucun autre; à quoi Souleïman s'opposa avec énergie, alléguant noblement la foi jurée. Mais, craignant que, contre sa volonté, ses soldats n'exécutassent cet atroce projet, il fit aux chrétiens les présens convenus, et leur donna la permission de retourner dans leur pays1. Tels furent les premiers actes honorables de ce Souleïman, entraîné par la force des choses à jouer un rôle terrible parmi les siens, et à débuter par le meurtre d'un grand nombre. Le fidèle YTadhah lui dévoila dans ces premiers temps le secret de l'existence d'Hescham, et lui donna le hardi conseil de le replacer au pouvoir; mais Souleïman lui répondit : — « Wadhah, je le désire beaucoup; mais ce n'est pas le temps de nous remettre en de si faibles mains; laissez-le, son heure arrivera. » La confidence de Wadhah ne valut à Hescham qu'un changement de prison et de geôlier3.

Sur ces entrefaites, Mohammed el Mahady, qui, comme nous l'avons vu, s'était réfugié près de son fils Ot>eïdallah,wali de Tolède, avait, par l'intermédiaire de quelques scheiks et de négocians juifs qui faisaient fréquemment le voyage de Tolède à Barcelone, recherché l'aide des chrétiens de cette partie de la Péninsule que les Arabes désignent sous le nom de pays d'£lfrank; et, à force d'argent, il avait déterminé le comte Bermond et le comte Àrmengudi, c'est-à-dire Raymond de

1 Quidam Barbarus saaait ei ut permiilerel eos occidere Christlanoa, ne forte nt eî adbererant, alii régi adhsrercnt, et ci cédèrent in periculum et jactu-

ram Coi Zuleman : In securitate me» Gdei advenerant, et ideo nunquam

hoefarinus perpetrabo : et liraens Zulejnan ne cis ficret quicquam ma!i,datis muoeribus, licenliam tribuil ei redeundi ; al illi cura muliii divitiia rercr- «i «ont in Castella (Roder. Tolel., Ilist. Ar;ib., c. ">).

î Conde, c. 10».

Barcelone et Ermengaud d'Urgel, fils et successeurs de Borrel, à lui prêter le secours de leurs armes , et à se joindre aux troupes que ses alcaydes avaient levées pour lui dans les provinces de Tolède, de Valence et de Murcie1. Mohammed s'était arrêté à Tolède, pour ces négociations, pendant plus de sept mois. Tout fut près vers le mois de juillet 10 10. L'armée de Mohammed se composait de trente mille Musulmans et de neuf mille chrétiens 2 ; il se mit à leur tête et marcha sur Cordoue.Tellc était la situation de Souleïinan que, bien qu'averti depuis longtemps des préparatifs et des projets de Mohammed, et maître de Cordoue, il ne put former qu'à grand' peine une armée suffisante pour tenter d'arrêter son rival dans sa marche. Quelques troupes d'Algarbe et de Mérida vinrent seules se joindre aux guerriers des six kabilchs africaines qui faisaient la principale force de son parti. Les Gordouans ne voulurent point le suivre, s'excusant sous divers prétextes, que Rodcrich de Tolède qualifie de frivoles. Mais les Berbers dirent à leur roi: * Ne t'effraie point du refus des Cordouans; nous t'assisterons, nous, de toutes nos forces, jusqu'à la mort3. « Rassuré par leurs promesses, Souleïman se porta en avant de Gordoue du coté où l'orage menaçait, et s'avança jusqu'à un champ nommé Akbat-al-Bakar (la montagne ou la colline des Bœufs), peut-être Acebuchar, par où devait nécessairement passer El Mahady, et il y fit dresser ses tentes. El Mahady arriva, et, avant que son armée se fût disposée au combat, les Berbers l'attaquèrent impétueusement et lui

1 Concerto por dinero, dil Condc (c. iOU), que le ayudaie el Condc Ber~ inond y el Conde Armeogudi, y vinieron en su ayuda con lu» génies oslos esforzados caudillos do Afranc.

2 Condc, c. 103. Confirmé par Rodcrich do Tolède: — Ferlnr Almahadi in exe reilu bannisse Iriginla miliia Sarracenorum , cl novera millia chrislianorum.

3 Qnod cum Zulcmaî innoluisset Cordubenses sollicitait, nt cum eo occurrcrenl venienti, sed ipsi factionis solil» non oblili, se cousis fritolis exensarunt. Barbari uulcm régi dixerunl : Pro Cordabensibus non forraide», quia no» tibi usque ad mortein slrenuè assistemus (Bist. Arab.,i. 54).

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