‹ Histoire d'Espagne, 5Chapitre 13 sur 282 · CHAPITRE DIX- HUITIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DIX- HUITIÈME

tuèrent plusieurs milliers d'hommes, au point qu'Ël Mahady se crut un moment vaincu; mais, ayant rassemblé ses forces, et avec l'aide des chrétiens qui arrivèrent, il rétablit le combat et mit en déroute Souleïman, qui, à la faveur de la nuit, abandonna le champ de bataille et s'enfuit à Zahra en évitant d'entrer à Cordoue, dont il craignait toujours les habitans. Suivant Conde, le nombre des ennemis de Souleïman était presque le double celui de ses soldats; ses troupes combattirent néanmoins tout le jour avec beaucoup de valeur; mais, au coucher du soleil, elles cédèrent le champ aux forces supérieures de Mohammed, et battirent en retraite vers Médina Zahra, n osant point entrer à Cordoue*. Le combat d'Akhutal-Bakar eut lieu vers la fin d'août 1010. Il y périt de part et d'autre beaucoup de vaillans et illustres personnages : du coté de Souleïman, l'histoire nomme le noble et brave scheik Abdallah ben Ahmed ben Keindi de Cordoue, surnomme £1 Toïtal,le mokri de l'AIjama de Cordoue Souleïman ben Hescham ben Walid ben Koleïb, le kateb Ahmed ben Béryyl, un autre mokri nommé Ebn El Kamr,ctc., qui tous s étaient fait tuer en combattant: du côté de Mohammed cl Mahadv furent tués Abdallah ben Abdel Azyz, cadid'Elbira,et le spirituel poète Mohammed ben Mèsàody cl Baschéni, qui avait été très favorisé par l'avant-dernier khalife, et dont les gracieuses kassidehs faisaient les délices de l'Andalousie.

Après sa défaite, Souleïman, avons-nous dit, s'était enfui à Zahra , en évitant de passer par Cordoue ; mais, dans Zahra même, il ne se crut pas en sûreté. Il avait éprouvé la valeur

I Conde, c. 10o. — Rodcrîch de Tolède raconte cette affaire avec plus de dé* ta ils : — Tanc Zuleman de eorum Barbarorum promissionc confiai» occurrit Almahadi è contrario venienli , et procédons, flxil tentoria in loco qui Accauatalbacar nomioatur, qui distat a Corduhn decem leucis, et anlequam Almahadi exercilus ressîdissel in eum Barbari irruperont, et ex ois uiulla millia occiderunl, adeo qood suceuhuisse Almahadi exercilus videretur ; sed reaninptis viribu», pmliurn restaura vcrunl, et instanltbus Cbrisihmis succubuit para Zukman, et Zuleman ceden» hoslibu» fiigii ad Azafrain (ihid.. 1. c).

26 HISTOIRE DESPAGHE.

de ses ennemis en nombre si supérieur k celui de ses soldats, et il connaissait toute la haine que lui portaient les Gordouans depuis le massacre de Eantisch. Désespérant de se maintenir à Zahra, il fit rassembler à la hâte les richesses de l'Alcaçar qui, à titre légitime, pouvaient passer pour appartenir au khalife. Les Africains allèrent plus loin : contre la volonté de Souleïman lui-même, ils pillèrent le palais et la principale mosquée, ainsi que les plus riches maisons des Arabes et des Slaves, enlevèrent les lampes d'or et d'argent de la mosquée, les pierreries, les chaînes et les couronnes précieuses conservées au trésor des khalifes, et plusieurs charges d'étoffes précieuses et de pierreries. Les livres de la bibliothèque rassemblée à si grands frais par El Hakem devinrent pour la plupart la proie d'ignorans Berbers,qui ne savaient ni lire ni écrire ni même parler l'arabe. Ainsi commença la destruction de Médina Zahra, la résidence khalifale fondée par Abd el Rahman III, le splendide séjour, merveilleux et charmant, des belles odalisques de l'Andalousie. Ce que les Berbers ne purent enlever fut bientôt la proie des soldats de Mohammed et des Cordouans qui survinrent, marchant à la poursuite du vaincu d'Akbatal-Bakar; tandis que Souleïman se retirait à grandes journées vers Aldjézirà Alhadrâ dans le dessein de passer en Afrique.

Mohammed entra à Cordoue après sa victoire et y fut reçu avec des acclamations de triomphe ; le peuple le nommait son vengeur et son libérateur. Il maintint le Slave Wadhah el Ahméry dans la charge de hadjeb, pour la confiance qu'il méritait. Il ne s'arrêta que deux jours à Cordoue, et en partit avec tout son monde à la poursuite des Africains. Ceux-ci étaient campés sur les bords du Wadiaro, dans les champs d'Algésiras. Dans l'orgueil de sa dernière victoire, Mohammed les attaqua sans donner à ses troupes le temps de se reposer. Cela rendit plus favorable la position de Souleïman qui, contraint d'éprouver la fortune , dit à ses Africains : « Le moment est venu de combattre jusqu'à la victoire ou à la mort; nous n'a-

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