CHAPITRE VD.GT- QUATRIÈME
religion. Fait prisonnier dons sa jeunesse, en Portugal , par Ebn Abèd, l'émir de Scville, que le moine de Silos appelle roi de la province Bétique , et amené à Séville, il y avait gagné les bonnes grâces de l'émir qui l avait successivement élevé à divers emplois importons, dans l'exercice desquels il s'était si fort illustré, que le roi barbare, pour parler comme notre bon moine, l'avait pour plus cher et en plus grande estime que qui que ce fut d'entre les grands de son royaume et de sa religion. Et à ce point qu'il ne faisait ni n'entreprenait rien sans le consulter. Sisenand avait ainsi vécu plusieurs années à Séville, d'abord comme prisonnier, et puis comme conseiller et ami d'Ebn Abèd. Ayant quitté Ebn Abèd, Sisenand avait été mis , par diverses circonstances , eu relation avec Ferdinand, et, par ses lumières et par son mérite, en avait obtenu le gouvernement de ses nouvelles conquêtes , gouvernement dans lequel il devint l'un des chefs les plus éminens de l'époque, et sut se faire également craindre et respecter des chrétiens et des musulmans , même des plus considérables, jusqu'à la fin de sa vie : toutes particularités consignées brièvement dans la seule chronique du moine de Silos, mais remarquables et caractéristiques, et que je n'ai eu garde d'omettre ici1. — Sisenand prit ou reçut dès lors le titre arabe de wazir sous la forme espagnole alvasir; titre qu'il avait porté, m/Joii toute apparence, à Séville, près de l'émir Ebn Abèd. Le premier diplôme où il figure avec ce titre est de 1070. Il
* Voici le court passage du moine de Silos qui conlieot implicitement ce que nous venons de raconter, et révèle toute celle notable figure de Sisenand : — Sed bis civitalibus, quM juri Paganoruni abslulil (ultra iluviuin Alondego) bisenandum qncmdain consiliis illustrent prxfccit. Is namque ab Abenbabelh i><£licx provincial rege cum alia praeda, ex Porlucale olim raplus , mullis prajcUris coiutnissi* inter barbares insudando, in lauiam clarilalem perveneral; ut prae omnibus tolius regni barbaro régi cariur habebalur. Quippc enfui neque concilium, neque inceptum ullum frustra Tuerai. Ceterurn ubi relicto Abenbabetb, Sisenaudus ad Fcmandum regem piofccius est, bis aupradiciis arlibus.el nobis insigni?, et barbai is usque ad extrer: am diem max-mo tOITorl fuil (lbid.,l. c.)
existe , dans les documens de Pedroso, un autre acte de 1 087 dans lequel SLsenaud est appelé alvasiret seigneur {dominus de Coïmbra et de toute la terre de Santa-Maria. Nous avons vu que le titre dalvasir équivalait à cette époque à celui de gouverneur, de comte ou de président d'une ville ou d'un territoire, chef militaire des hommes d'armes de la juridiction, et magistrat suprême, jugeant sans appel par ses otirîdores ou vicaires, et réformant librement les jugemens des autres tribunaux du pays, hormis en de certains cas graves, réservés particulièrement à la décision du roi1.
Coïmbre, sous l'administration de Sisenand, fut décorée de divers édifices et fort agrandie, principalement dans cette partie de la ville qui descend vers le fleuve. Presque tous les vieux monumens de cette partie, qu'on appelle la ville basse, datent de cette époque. L'ancienne cathédrale, construite dans le genre gothique, et que tout porte à croire de ce temps , est remarquable par le tombeau même du grand comte Sisenand, (Siznando) qui s'élève au dehors, adossé à la muraille, conformément aux anciens canons qni interdisaient d'inhumer les corps dans l'intérieur des temples. Les deux églises bâties l'une au-dessus de l'autre, qui ornent la grande place de la ville basse, sous l'invocation devint Jacques (sau Thiago), et de saint Martin (Martiuho), paraissent de construction plus moderne2.
• Voyez ci-devant, t. iv, p. iilS et suiv.
2 La dévotion particuliers des Espagnols pour saint Martin est remarquable. Outre les innombrables églises placées sous sou 'invocation, comme celle de Coïmbre, il existe eu Espagne trois cent qnatre-vingi-cinq villes de Saint-Martin avec ou sans autre dénomination. Toutes appartiennent aux provinces septentrionales on au moins centrales de la Péninsule : la Castille Vieille et Léon en comptent « •nquauti'-liuit ; la Catalogne vingt-quatre ; la Caslillc-Nouvelle sept;TAragon *ix ; la Galice et Us Ast;;ries, à elles seules , deux cent quatre-vingt-dix.— Saint Martin ayant été un saint guerrier, il est probable que les Espagnols l'invoquèrent dans le ors guen-cs, et donnèrent son nom aux Tilles qui le portent, à mesure qu'ils les retiraient des mains des Musulmans. C'est au moins la seule explication vraisemblable de l'extrême fréquence de ce nom dans les dénominations géographiques de la Péninsule.