CHAPITRE VINGT-QL- YTRIKME
L'Espagne orientale dans ce même temps était marquée de nombreuses vicissitudes impossibles à suivre et à exposer méthodiquement. Nous avons entrevu toutefois par les chroniques musulmanes quels rapports Raymond Bérenger, qui gouvernait alors le comté de Barcelone, avait dans ce temps (tandis que Ferdinand secourait l'émir de Tolède, et que son propre fils Alfonse était dans ses années) avec les Arabes de la famille ou de l'alliance d'Kbn Abèd de Séville. Une fois nous l'avons vu venir jusque dans les plaines de Murcie au secours des troupes d Ebn Abèd , dont le beau-frère était émir souverain de Dénia. Raymond Bérenger, à ce que tout indique, était dans les meilleurs rapports, et presque en des rapports d'amitié , avec ce dernier émir, AlibenMoudjéhid, de qui dépendaient aussi les îles Baléares; et ce fut sans doute pour payer en partie les secours que le comte de Barcelone fournit au beau-frère d'Ali ben Moudjéhid , que celui-ci soumit à la juridiction épiscopale de Barcelone, par un acte de donation sous la date de cette année 1058, toutes les églises de sa principauté, y compris celles de Maïorque , M inorque et Ibiza. Voici la traduction fidèle de ce curieux document :
« Au nom de Dieu tout puissant (lisez clément et miséricordieux), moi, Hali, duc de Dénia et des îles Baléares, fils de Mugehid, duc autrefois de ladite cité, avec l'asscntiment de mes fils et des autres Ismaélites grands de mon palais, je concède et octroie au siège de la Sainte-Croix et de sainte Eulalie de Barcelone et à son prélat Guillabert toutes les églises et la juridiction épiscopale de notre royaume , tant dans les îles Baléares que dans la ville de Dénia, afin que, dorénavant et à perpétuité elles restent dépendantes du diocèse de la dite ville de Barcelone, et afin que tous les clercs, prêtres et diacres qui demeurent daus les dits lieux, depuis le plus petit jusqu'au plus grand , et depuis l'enfant jusqu'au vieillard, -ne puissent demander, de ce jour en avant, a au-
cun évèque, ni quelque ordre que ce soit, ni la consécration par le chrême, ni quelque charge ecclésiastique que ce puisse être, si ce n'est à lévèque de Barcelone, ou à un de ses délégués. Que si quelqu'un, (ce qu'à Dieu ne plaise), tentait méchamment d'annuler ou de violer notre volonté en ceci, qu'il encoure la colère du roi du ciel et soit excommunié de toute loi, et que nonobstant toute opposition ce privilège demeure hors de toute discussion, stable et ferme à jamais. Charte de donation faite dans la ville de Dénia en l'année 1058
En cette même année, le xrv des kalendes de décembre (16 novembre 1058), huit évêques du comté ou principat de Raymond Bérenger, savoir : cinq évêques catalans et trois
i Voici la traduction latine de cet acte important dont l'original arabe s'est perdu , traduction certifiée conforme par Wifred , archevêque de Narbonne ; Rairobaut, archevêque d'Arles; Arnaud, évoque de Maguelonne ; Gnilhcm, évêque d'Urgel ; Froterius, évèque de Niâmes; et par Arluvinus, prêtre et notaire, qui dressa Pacte traduit de l'arabe, rapporté par Diago, Bistoria des los Condes de Barcelona , 1. n , c. 45.— In Dei omnipoienlis nomine (traduction sans doute du Bc*m EU ah cl Rahman el Rahym,an nom de Dieu clément et miséricordieux, par lequel les musulmans commencent tous les actes de ce genre) ego Mali dux urbis Dénia: et insularum Bain Hum Mugelrid jam dictas urbis olim Ducis proies . assensu fiiiorum meorura et ceteram lsmaelilamm in meo Palatio mtijorum, contrado atque largior sedi sanciœ f.rucis sanclœqne Enlali» Barchinoncnsi el ojus prœsuli Guislaberlo omncs ecclesias et episcopatnm Regni nostri quae sunt in insulis Balearibus et in urbe Dénia ut perpetuo deinceps maneanl sub Diocesi prsediclaj urbis Barchinoncnsi» , et ut omm-s clerici, presbyteri et diaconi in locis prefatis commoranles n minimo usqne ad maximum, a puero usque ad senem ab bodierno die et lemporc minime coneatur deposcere ab aliquo Pontifieum, ■llius ordinationem clericalus , neque Chrismati* sacri confectionero, neque cnltuin atiqviem ullius clericalus nisi nb episcopo Barchinonensi aut ab illo cui ipse precepTit. Si aliquis, quod absit, hoc largitionis donum improbo nisu nmmllare vcl disrumpere conotus facrit, celestis Rcgis iram incurrat, et ab omni lego penilus exors Hat, et postmodum hoc maneat indiscussum et firmnm omncporœvum. Facta charta rionationis vu kalendns januarii anno prsescripto (F-girœ 419) apud urbem Deniam jussu Uali et assensu flliorum suorum majornmque suorum infœrius corroboratum ( les noms de ces magnats du palais d'Ali ne nous ont pas été transmis par les évoques traducteurs dont les signatures accompagnent Pacte authentique conservé dans les archives de la cathédrale do Barcelone, d'où Marco l'a tiré).