CHAPITRE VINGT -QUATRIÈME
au sommet et sur la pente de la seconde des deux éminences appelées l'une de la Vera-Cruz et l'autre du nom arabe de Zulema, qui s'élèvent à la gauche du fleuve, au sud-est de la ville actuelle. On voit encore, de nos jours, sur la dernière de ces éminences , un grand château ruiné et un emplacement couvert de décombres : ce château et cet emplacement sont connus sous le nom de Alcala de Henares la Antigua ou la Vieja. L'ancienne Goraplutum du temps des Romains, à en juger par les restes d'inscriptions romaines qu'on a retrouvés sur l'une et l'autre colline , et peut-être au temps même des Arabes, renfermait , ce semble , dans son enceinte les deux éminences dont il s'agit. C'était en tout cas, à l'époque où nous en sommes, une des villes importantes du royaume de Tolède, et le roi chrétien n'eut garde de rien épargner pour s en rendre maître. Les barbares de Gomplutum, dit le moine anonyme, étroitement pressés dans leurs murailles, dont le bélier avait déjà entamé une partie, et dépossédés au dehors de toutes choses, dépêchèrent, contraints par la nécessité, des députés vers le roi de Tolède El Mâmoun, du gouvernement duquel dépendait Alcala, chargés de lui représenter le péril des habitans, et de le presser de les délivrer du rude ennemi qui les assiégeait, soit en le repoussant par la force des armes, soit en l'adoucissant par des présens : ce qu'ils l'engageaient à faire dans le plus bref délai, s'il ne voulait dans peu succomber lui-même et se voir enlever son propre royaume de Tolède «.
Sur cet avis, le barbare ( c'est ainsi que le moine anonyme appelle El Mâmoun) , suivant le conseil des plus sages ( saniori mus consUio)^ rassembla une immense quantité d'or et d'argent monnayé, des étoffes et des vêtemens précieux (tro-
i Neceaiaiiô ad Almenoncm Totetanum regf>m legatos initiant , qoa-
tenna lontam hoslcm, Tel bello propalaando, seu muneribas miligando, de aua regnique incolamitate perlractei : qaod nisi celeriua facial, et se et Toleta* Dam regnura pordilum irl in proximo aciat.
mensam pecuniam auri, argenti, pretiosarumque vestium conglomérat), et , ayant obtenu de Ferdinand nn sauf-conduit, se rendit courtoisement en personne au camp du roi, où, admis en sa présence, il le supplia d'accepter les présens qu'il lui apportait et de cesser de dévaster les frontières de son royaume. Pour obtenir plus sûrement le départ immédiat de l'ennemi , le roi musulman fit plus : il dit qu'il se mettait, loi et son royaume, sous la puissance du roi chrétien '.Le récit du moine chroniqueur laisse douter si El Mamoun s'avoua en cette occasion explicitement et surtout bien sincèrement vassal et tributaire du Toi léonais ; si même il ne parla pas figuré ment, à la manière orientale, en se mettant, lui et son royaume, sous sa puissance. Mais, quoi qu'il en fût , et bien que Ferdinand, doutant des paroles du roi arabe, méditât lui-même un retour prochain sur l'accord conclu, cependant, en raison des circonstances (de l'hiver qui s'approchait, à ce que je crois comprendre), l'argent reçu, il cessa, dit en terminant notre auteur, de ravager la province carthaginoise (c'est-à-dire la partie nor-dnord-est du royaume arabe de Tolède, laquelle avait fait partie de la carthaginoise dans la division de l'Espagne en cinq provinces introduite par Constantin), et s'en retourna, chargé d'un riche butin, dans les champs Gothiques, savoir à Zamora, Astorga ou Léon*.
Ferdinand, on le voit par le récit qu'on vient de lire, ne prit donc point Alcala, et c'est par erreur que la plupart des historiens espagnols affirment le contraire. Les circonstances subséquentes nous feront voir aussi que l'alliance conclue sous les murs de Complutum entre £1 Mamoun et le roi de Castille et de Léon fut plus sérieuse et plus féconde en résultats qu'il ne le semble, à prendre à la lettre la relation même de
i Ad hoc, et so et regnum luum sua poleslali commùtum dicit, 3 l'orro Fredcoandus rex Barbarum, quamvis ficla loculum intelligcbat, et Ipse long»- untmo gercrel; lanien pro lempore, accepta pecunia, Carlhagioensem provincial!) etpuguaredeaineu* uiulta oouslus pra?da iu campoa Goihoruo