‹ Histoire d'Espagne, 5Chapitre 128 sur 282 · CHAPITRE VINGT-QUATRIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE VINGT-QUATRIÈME

celle des sources contemporaines qui contient les meilleurs renseignemens sur la vie et les actes du roi dont il s'agit.

Divers passages de la Chronique à laquelle j'ai emprunté, autant que je l'ai pu , les propres expressions du récit qui précède 1 , portent naturellement à se demander comment s'organisaient et subsistaient les armées employées dans les guerres de ce temps : elles se levaient à l'appel du roi, des évèques et des seigneurs, et vivaient, la plupart du temps , aux dépens de l'ennemi. Les rois n'avaient point de troupes réglées et n'en eurent que longtemps après. D'ordinaire ils faisaient chaque année une irruption sur les terres des Musulmans ; si l'expédition était heureuse, ils en partageaient le butin avec les volontaires qui les avaient suivis. Pour ces courses, que les Arabes appelaient algarades ou gazyas, quelques milliers d'hommes d'armes de bonne volonté suffisaient. Mais, quand on avait formé un projet important, comme la conquête d'une ville considérable, ou quand il fallait tenir tète à quelque grande irruption musulmane prévue , le roi convoquait les évèques, la noblesse et la bourgeoisie. Chaque évéque sous la bannière de son église, chaque seigneur sous la sienne particulière, conduisait ses vassaux au rendez-vous, tandis que les villes envoyaient l'élite de leur jeunesse commandée par un chef qu'elles choisissaient. Cet amas de troupes formait quelquefois tout-à-coup une armée formidable qui subsistait par les vivres que chaque soldat portait avec lui, ou par le pillage. Mais dès qu'une ville était prise, ou une campagne achevée par une défaite ou par la fuite de l'ennemi, chaque soldat était libre de retourner dans ses foyers. Les places recouvrées ou conquises, quelquefois par le massacre, plus souvent par l'expulsion des habitans musulmans, appartenaient au roi; mais il en confiait ordînaire-

1 Entre autres celai oa il eit question de l'armée avec laquelle Ferdinand envahit la Carthaginoise : — Comparatif ex omnt regno Yalidissimis milîtum, balcariaruiu copiis, Cariliagiacuscoi provincian Fcrnandu* rex expuçnare iultnilit.

HISTOIRE D ESPAGKK.

ment le gouvernement à an seigneur riche et poissant sous le nom de comte, à la charge par lui de les fortifier et de les défendre, ou bien il accordait des chartes et des privilèges (car tas de poblacion) à ceux de ses soldats ou à tous autres qui voudraient s'y établir et les repeupler. Il y eut cette différence entre la constitution et le développement des communes en Espagne et en France, que , de ce côté-ci des Pyrénées, elles obtinrent des rois des chartes d'affranchissement lorsque ceux-ci s'en voulurent faire un appui contre les prétentions des grands vassaux de la couronne, tandis qu'en Espagne, lorsque les chrétiens s'étaient emparés de quelque ville dont ils avaient chassé tous les habitans, le roi lui concédait, par actes publics , appelés chartes de f ueros ( cartas forâtes, cartas de poblacion) certains avantages particuliers, franchises et privilèges, privœ leges, de nature à attirer des habitans nouveaux dans la ville que la conquête avait faite déserte. La plupart du temps il en donnait les habitations à ses soldats, qui formaient ainsi le premier noyau de la population. Les conquérons devenaient naturellement propriétaires des terres et des habitations dont ils avaient expulsé les anciens possesseurs. Ainsi se constitua la propriété dans les villes enlevées aux Musulmans. Les « fueros de poblacion , de repoblaciony » comme on les appela plus tard, les « cartas for aies, » fixaient et régularisaient les privilèges concédés , les droits respectifs, nous dirions aujourd'hui les droits et les devoirs de chacun. Sur la limite des dernières frontières , aux estramadoures ( extramaturœ , extramaduras) la terre était ainsi reconquise et repeuplée; les chrétiens reprenaient pied à pied le sol et s'organisaient à mesure, mais avec lenteur. Les hommes surtout manquaient à la conquête; beaucoup de villes prises étaient quelquefois abandonnées ou démolies, uniquement parce qu'on ne pouvait leur donner une population, et partant les garder et les défendre. Plus d'une fois il fallut faire

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