CHAPITRE VINGT -QUATRIÈME
appel au monde chrétien, à la France principalement, comme nous le verrons par la suite, pour en obtenir une. Malgré tout cependant , les villes se repeuplaient ; les campagnes situées dans le voisinage des villes étaient de nouveau cultivées. C'est aussi vers ce temps qu'on commence à remarquer dans les vieux diplômes le mot azariay qui devint depuis si fréquent dans les vieux foraes portugais donnés à ces terres constamment sur la défensive , que les Arabes soumettaient à des incursions pour ainsi dire journalières. On appelait de ce nom d'Azaria, l'action d'aller aux forêts voisines des villes de frontière à l'effet de s'y approvisionner de bois. L'azaria parait avoir été considérée comme une sorte d'expédition militaire, et réglée en conséquence par certain foraes '.Aller aux forêts , même les moins éloignées des places fortifiées, pour y couper le bois nécessaire à ces places , n'était ni facile ni sûr dans les estramadoures. L'ennemi rôdait incessamment par bandes autour d'elles , prêt à attaquer quiconque il en verrait sortir , à faire des prisonniers , à exiger des rançons, etc. C'est pourquoi les chrétiens ne sortaient jamais de leurs châteaux et de leurs centres militaires des frontières , qu'escortés d'un gros de cavaliers qui étaient souvent obligés d'en venir aux mains avec l'ennemi , pendant que les travailleurs qu'ils accompagnaient faisaient de leur mieux dans la forêt voisine, coupant, sciant arbres de haute futaie et arbustes, préparant les charges et les charrois qui devaient être conduits dans la place. VAtzah arabe , d'où vient le mot espagnol hacha, et notre mot français hache, servant à ces travaux , on avait appelé ces expéditions azarias. Lorsque les gardes de l'Azaria remportaient l'avantage sur les agresseurs , et que ceux-ci ou leurs chevaux tombaient au pouvoir de ces gardes , la loi déclarait ces prises bonnes et propres à ceux
I Notamment, plui lard, par les foraes concédés à boure, en 1111 , à la ?ille de Cea, an 1150, a Thomar, en 1162, etc.
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qui les faisaient. Quelques foraes néanmoins portent que , lorsque le nombre des chevaux ou des hommes pris dans ces expéditions n'excéderait pas celui des soldats de l'Àzaria. chaque soldat aurait l'homme et le cheval qu'il aurait pris; mais que, passé ce nombre, le cinquième de la valeur des hommes et des chevaux appartiendrait au seigneur ou comte de la terre1.
Tels étaient, outre la religion et les mobiles de Tordre moral , les mobiles et les récompenses ordinaires des guerriers chrétiens. lie butin surtout payait leurs services.
Il en était de même chez les Musulmans.
Pour comprendre pourquoi leurs historiens ne manquent jamais, à chaque expédition , de marquer si l'on y fit ou non du butin et des prisonniers , et en quelle quantité on y en fit, il faut se rappeler que c'était là quelquefois pour eux le motif et l'objet même de la guerre.
« Pendant longtemps les guerriers sarrasins n'eurent pas d'autre moyen de se dédommager de leurs dépenses et de leurs fatigues, dit un savant orientaliste1. Le guerrier qui agissait isolément était maître de tout ce qui tombait entre ses mains. Celui qui faisait partie d'un corps portait ce qu'il prenait dans un lieu désigné par les chefs ; le butin était mis en commun ; et, quand l'expédition était terminée , on procédait au partage.
» Le butin se composait des métaux précieux, monnayés ou non monnayés, des étoffes, des pierreries, des ustensiles de tout genre , des bestiaux et des captifs de tout sexe et de tout
« Dans 1c Forai de Sou re on lit: De azaria nobit F«m parle**: tobis jV»r sine ulla Alcaidaria ; et dans celai de Thomar : de Azaria, et de Ma illa Cavalgada, in qun non fucrit Rcx nobis Vam partent : vobù IVor parie* abtque ulla alcaidaria ; ce qui fut rend a dans la traduction qui se fit de ce dernier en langue vulgaire au commencement du xiv siècle par les paroles suivantes : e d' Azaria, e de toda aquela Cavalgada, en que El-Rei non for, a nos a quint a parte, e a vos ai quatro partti, «en nenkuma Alcaidaria.
M. Rainaud, invasions des Sarrasins, pag. 233.