CHAPITRE VINGT-QUATRIÈME
âge. Les captifs formaient toujours la meilleure part du butin, par la facilité qu'on avait, soit de les vendre, soit d'en tirer un service personnel. On les estimait d'après leur Age, leur sexe , leurs forces physiques et la forme de leurs traits.
» Le chef commençait par prélever , pour le souverain , le cinquième de tout le butin , appelé le lot de Dieu , et le souverain disposait de ce cinquième comme il voulait ; ordinairement une partie était employée en bonnes œuvres, comme secours aux pauvres, etc.; tout le reste était distribué aux soldats, de manière que le cavalier eût le double du fantassin.
i Aussitôt le partage fini , il s'établissait une espèce de marché , où ceux qui n'étaient pas contens de leur lot le vendaient oul'écbangeaient. A la suite des armées se trouvaient des marchands et des spéculateurs , et les objets vendus étaient ensuite répandus dans tontes les provinces de l'empire. »
Ferdinand consacra l'année qui suivit l'expédition dans laquelle il contracta alliance avec l'émir El Mamoun, au camp devant Alcala, à des travaux d'amélioration intérieure selon l'esprit du temps; il fit restaurer la ville de Zamora, ruinée, comme Léon, par El Mansour ; fit rebâtir, à chaux et à sable, l'église de Saint-Jean de Léon qui était en torchis , la môme qui fut peu de temps après, comme nous Talions voir, mise sous l'invocation de saint Isidore de Se ville, et où il établit le cimetière des rois. Pour plaire à sa femme bien-aimée Sanctia, et, bien qu'il eût toujours eu le désir d'être inhumé à Saint- Pierre d'Arlanza ou au monastère de Oûa, auquel il avait une dévotion particulière , il décida que lui , sa femme et ses enfans seraient inhumés à Léon, dans ce cimetière, et il y fit transporter les restes de son père Sancho-le-Grand et de Bermude son beau-frère, provisoirement déposés à Sahagun après la bataille deTamaron où il fut tué
I Nous avons rapporté ci-devant Tépltaphe de Sancbo-le-Grand (t. iv, p. 4$G), et celle de Bermude , fils d'Alfonso (dans ce volume, p. 1t>7).
Ces travaux accomplis, et se trouvant en paix avec Tolède (probablement de concert avec l'émir de cette dernière ville, qui, de son côté, envahit simultanément les terres de Séville), Ferdinand fit publier pour le printemps de l'année suivante une campagne sainte contre l'émir de Séville, campagne à laquelle il appela tous les hommes de bonne volonté de ses états. On arrêta qu'on pénétrerait en Andalousie par l'£stramadoure, ou , si on l'aime mieux, par cette partie du Portugal actuel, au sud du Mondego, qu'il avait conquise deux ans auparavant, et où il avait affermi sa puissance. La guerre fut faite avec toute la rigueur imaginable : rien de ce qui tomba entre les mains des soldats de Ferdinand, hommes et choses, ne fut épargné. Il arriva ainsi, répandant partout la terreur sur son passage, jusque sur les terres du royaume de Séville. Abenhabet, roi de Séville, comme le nomme le chroniqueur chrétien, accourut au-devant de lui, non avec une armée, mais avec des présens, et en suppliant, sollicitant son amitié, et le priant d'épargner ses terres et ses sujets. Ferdinand tint en cette occasion une espèce de congrès ou de plaid, à la manière des Franks, avec les évèques et les principaux chevaliers de son armée, dans le but de délibérer sur la réponse à faire au roi de Séville. L'avis prépondérant des évèques et des grands suivant son armée fut qu'on usât de mansuétude, même envers les ennemis de la foi. Mais on ne voulut pas s'être déplacé pour rien, et on résolut d'exiger du roi musulman, outre les présens qu'il offrait, un tribut d'une autre nature : on lui demanda le corps de sainte Justa, vierge et martyre du temps de la persécution des Romains, qui passa de cette vie à la gloire éternelle sous Dioclétien. Ebn Abôd s'empressa d'accueillir la demande du roi chrétien, content de conjurer à si bon marché Forage qui menaçait sa capitale. La paix faite à ce prix, Ferdinand se retira vers Léon avec ses troupes victorieuses, et, de là, dépêcha vers Séville une ambassade chargée d'en ramener le corps de sainte Justa, ambassade composée d' Alvitus , évèque de