CHAPITRE DIX-HUITIÈME
vons d'espoir qu'en nos épées. Courage donc! Plutôt que de tendre le cou à nos ennemis, essayons de vaincre ou mourons vengés!» Il rangea ses escadrons et chargea avec un courage désespère; ceux de Mohammed combattirent avec beaucoup de fermeté, mais ils ne purent résister à l'impétuosité des chevaux africains, mieux reposés que les leurs. Souleïman enfonça et mit en déroute l'armée de Mohammed, laquelle tourna bride et s'enfuit en désordre vers Cordoue. Souleïman la poursuivit jusqu'aux environs de la ville, où Mohammed entra avec un petit nombre de ses gardes, et où quelques jours après seulement arrivèrent ses troupes fugitives et ses auxiliaires chrétiens.
Ceux-ci avaient surtout cruellement souffert des attaques impétueuses des Berbcrs, et il ne leur avait servi de rien d'être couverts et bardés de fer, eux et leurs chevaux. Plusieurs de leurs chefs, entre autres Ermengaud d'Urgel , frère de Raymond de Barcelone, et les évêques yEtius de Barcelone, Otton de Gironnc et Arnaud d'Ausone, successeur de Godmar, tombèrent au premier rang dans ce combat désespéré. Ermengaud, comte d'Urgel, qui fut surnommé de Cordoue à cause qu'il mourut dans cette occasion, avait fait son testament deux ans auparavant, le 28 de juillet, la xnc année de Robert. Il avait légué, entre autres choses, son épée et son baudrier garni d'or à l'église de Sainte Marie du Puy, deux tasses d'argent à celle de Saint Vincent de Castres, cinq onces d'or pour acheter des livres à Sainte Marie de Gosal , ses bœufs au monastère de Saint Saturnin, ses échecs à l'abbaye de Saint Gilles1. Le corps d'Otton, évéque de Gironnc, retrouvé parmi les morts par
i ... Ad saocla Maria in Anicio ipsa mca spada auro et ipso fodoro de auro el
reogas cum ipsa fibula de auro , ad sancto Vincenlio de Castres anapos duos
de argenlo el ad saocta Maria de Gosal iineias qainque de auro ad libros
emeodos ineos bo?es ad cœDobîo sancli Salurnini. Et ad sancti jEgidii
cœoobio ipsos meos sebacos (Tostamenlum Ennengaudi comilia UrgeNeusis,
ex Chartulario ecclesias Urgellensis, ad ano. 1010).
un des fidèles soldats de l'évèque fut transporté d'abord à Cordoue et ensuite dans le monastère de Saint-Cucuphat, dont il était abbé, et où on l'enterra près de la porte du cloître, avec une épitaphe latine en vers, rimant le premier avec le troisième, le second avec le quatrième, et écrits à la manière arabe, deux par deux sur la même ligne, dans les derniers vers de laquelle on trouve la date précise de la bataille qui nous occupe, date qui manque chez les écrivains musulmans :
Erant anni mille decem posi CuribU praesepia, Quaodo dédit isii necem prima lux septeinbria;
date confirmée d'ailleurs par une ancienne charte de l'église de Barcelone, dans laquelle il est dit qu'un certain Guilardus, parti pour le pays de Cordoue dans le mois d'août, y combattit si malheureusement le 1 ei septembre, qu'il y périt avec les évéques dont il a été parlé1.
Les deux batailles d'Akbat-al-Bakar et du Guadiaro, ainsi que l'année 400, sont restées célèbres dans l'histoire des Arabes andalousiens, où elles sont désignées, à cause de cette intervention des chrétiens de la Catalogne, sous le nom commun de al sènnè al Frandjiyah (la campagne ou l'année des FranXs).
Mohammed, menacé jusque dans Cordoue, en fit fortifier les murailles, en répara les tours et ouvrit un fossé profond autour de la ville. Le Slave Wadhah, son hadjeb, avait toute sa confiance, et commandait avec un pouvoir absolu. Les habitons travaillaient jour et nuit aux fortifications ; la ville fut bientôt en état de résister aux attaques des Berbers de Soulcïman. Mais les factions andalouse, alahméride, slave et africaine divisaient Cordoue comme le reste de l'Espagne
t . . . . Profcctus Cordnbam mensc Auguslo, ad eam lia infeliciler pugnarit Kalrodis Septembri» ul et ipse et episcopi paalo ante nominal! in ca pugna reciderinl(Tide Marcs Marca Hbp., p. 42V).