‹ Histoire d'Espagne, 5Chapitre 131 sur 282 · CHAPITRE VINGT-QUATRIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE VINGT-QUATRIÈME

Léon, depuis canonisé , d'Ordonius, évèque d'Astorga, d'un chef militaire, que le chroniqueur appelle le comte Munio, et d'une nombreuse suite. Ce ne fut pas la volonté de Dieu, dit un pieux écrivain1, que ce saint corps sortit de sa patrie et de la compagnie de sa sœur Rufina, sa compagne dans le martyre. Les saintes dépouilles ne purent se retrouver ; mais, en revanche, les députés chrétiens demandèrent et obtinrent, à la place du corps de sainte Justa, celui' de saint Isidore de Sé ville, l'un des plus sa vans et des plus illustres pères, comme on sait, de l'église hispano-gothique. Le saint docteur lui-même, au rapport des envoyés, fit à l'un d'eux, à l'évéque saint Alvitus, qui mourut à Séville en cette circonstance sept jours après l'événement, la révélation du lieu où reposaient ses restes mortels, quatre cent vingt-cinq ans environ après sa mort*. Telle est, du moins, la relation que les survivaus firent du fait de cette découverte. Ordonius, Munio et leurs compagnons rapportèrent en conséquence à Léon, en même temps que le corps de leur collègue Alvitus, les restes du docte évèque goth , lesquels furent solennellement déposés dans l'église placée depuis sous l'invocation de son nom, par les soins du roi, de la reine, de la plupart des évéques du royaume, et avec le concours du peuple de Léon tout entier, en l'année 1063, le 21 décembre3.

Le moine de Silos nous a laissé une complète et authentique relation de tous ces faits, d'après le récit môme de ceux qui en furent les acteurs. Il s'étonne toutefois de quelquesunes des circonstances de ce récit, et il a besoin de toute sa foi, ce semble, pour y croire^ : Je raconte, dit-il, des choses

I Don Joseph Ortiz y Sanz , curé de San Felipe de Xativa.

* Isidore de Séville était né vers Tan 570 à Carlhagène dont Sévéricn , son pére, était gouverneur ; il était mort à Séville Tan 036, le 4 d'avril , jour où l'église célèbre sa féle.

3 Voy. ci-ar>res, p. 278.

* Stupenda loquor, dit-il, ab hi| Umen qui interfuere , protata (Monach. Silenf. Cbr., num. 99),

surprenantes, que je tiens cependant de ceux-là mêmes qui les virent de leurs propres yeux. Je parle de choses admirables , répète-t-il ailleurs, que je me souviens d'avoir entendu raconter de la bouche de ceux-là mêmes qui y assistèrent1. Or, ces choses sont les divers incidens qui marquèrent la découverte du corps d'Isidore de Sé ville. Après avoir dit ce que nous venons de voir, comment le roi, ayant de nouveau rassemblé une armée, envahit avec cette armée les provinces de Bétique et de Lusitanie, dépeupla les campagnes et brûla les villes; comment Abenhabet, roi de Séville, vint audevant de lui avec de grands présens, le priant de lai accorder son amitié et de vouloir bien épargner son royaume; comment Ferdinand y consentit après avoir tenu concile, c'est-à-dire pris l'avis des principaux personnages ecclésiastiques et laïques suivant son armée ; et , conformément au décret de ce concile, reçut les présens d'Ebn Abèd,et ordonna au roi barbare de loi rendre le corps de sainte Justa, qui, jadis, s'en alla de Séville à Jésus-Christ sous la couronne do martyre, afin de transférer pieusement ce corps à Léon , ce qu Abenhabet s'empressa d'accorder ; comment, de retour à Léon, le roi chargea Alvitus, vénérable évêque de la ville royale, Ordonius, révérend prélat d'Astorga, ensemble avec le comte Munio , à la tête d'une escorte militaire , d'aller chercher le corps de la sainte à Séville ; le moine anonyme rapporte tout au long et avec détail les circonstances particulières de l'ambassade. Arrivés à Séville , les envoyés chrétiens s'empressèrent de faire connaître à l'émir l'objet de leur mission. Ebn Abêd avait en partie oublié sa promesse. Sur ce qui lui en fut dit : — Je me rappelle en effet, leur réponditil, avoir promis à votre maître ce que vous demandez. Mais ni moi ni aucun des miens n'est en état de vous indiquer ce que vous désirez. Cherchez vous-mêmes, et, le corps trouvé, re-

1 Mira loquor, ab hif tamen , qui ioterfuere , me reminiscor audisse.

Page 1