CHAPITRE VINGT-QUATRIÈME
tournez- vous-en en paix1. — Nous comprîmes mal cette réticence, et ne pûmes croire que le barbare parlât vrai à notre légation, dirent depuis quelques-uns des membres de cette légation au chroniqueur à qui nous empruntons le détail de ce* circonstances ; mais telles sont le plus souvent les volontés humaines, impétueuses et mobiles5. Il n*y avait rien à répondre à Ebn Âbêd prétextant cause d'ignorance. Il était dur toutefois de s'en retourner à Léon les mains vides. Désespérant du succès sur ce qu'il venait d'entendre de la bouche d'Ebn Abèd, l'excellent évèque Alvitus, s' adressant à ses compagnons : — Gomme vous voyez, mes frères, leur dit-il, si la divine miséricorde ne nous vient en aide dans nos recherches, notre voyage aura été vain, et nous nous en retournerons frustrés. Dans cet état de choses, il doit vous paraître comme à moi nécessaire, mes très chers frères, de demander à Dieu, à qui rien n'est impossible , par trois jours de jeûnes et de prières , que sa divine majesté daigne nous révéler le trésor caché que nous cherchons3.
L'exhortation du prélat leur plut à tous, et ils adressèrent pendant trois jours leurs prières à Dieu. Déjà, le troisième jour, le soleil avait achevé de mesurer l'olympe ; on était à la quatrième heure de la nuit ; le vénérable Alvitus veillait dans les prières. Comme, assis sur une chaise, il ne pouvait presque plus soutenir ses membres fatigués, et s'efforçait de réciter je ne sais lequel d'entre les psaumes, succombant au sommeil et à l'accablement de ses veilles, un homme paré
t Oui venientes mandata régis Abenhabet referont. Qolbns ilte : TTotI , inqail, me domino vestro promisisse quod quœritls. Sed nec ego , née aliqois meorum v obis corpus quod desideratis oi tendere potcril. Vos ipsi qoerite , et in vcnium tollite , abonnies cum pace. b
* Oterum delitescendo, an vere barba rus noitre légation! iftadlxerlt, parnm eomperimui. Sed plerumque hnmann yoluntates , nt sont véhémentes ita et mobiles.
3 qu a tonus divina Majestés occultum nobis soncti corporis thesaorom
revclare dignetur.
d'une vénérable chevelure blanche, et le front ceint d'une mitre d'évèque, lui apparut et lui dit : — Je sais que toi et tes compagnons vous êtes venus dans le dessein d'emporter d'ici le corps de la très heureuse vierge Justa. Mais la volonté de Dieu n'étant pas que cette ville en soit privée , Dieu, dans son inépuisable miséricorde, afin que vous ne soyez pas venus inutilement, veut bien que vous vous en retourniez avec mon corps. Et là dessus Alvitus ayant demandé à ce personnage qui il était pour lui donner de semblables ordres : — Je suis, lui dit l'homme aux longs cheveux blancs , le docteur des Espagnes, le prélat et le chef autrefois des prêtres de cette ville, Isidore. Et, ayant ainsi parlé, il s'évanouit aux regards d* Alvitus1.
C'est de ce ton que le moine anonyme poursuit son caractéristique récit. Il nous montre Isidore apparaissant de nouveau, la nuit suivante, à Alvitus endormi, et lui apparaissant dans le même costume et avec les mêmes paroles à la bouche, puis s' évanouissant de même à ses yeux; Alvitus, se félicitant au réveil de sa vision, mais doutant encore, et priant Dieu, avec les plus vives instances, de la lui envoyer une troisième fois, si elle procédait en effet de lui. Et effectivement la nuit suivante, s' étant endormi de nouveau en priant, voilà que le même homme vénérable, dans le même costume, lui apparut pour la troisième fois (ou dans son troisième sommeil), tel qu'il lui était apparu la première et la seconde, et lui redit par trois fois ce que précédemment il lui avait dit ; puis , d'une verge qu'il tenait à la main, frappant à trois reprises la terre , lui montra le lieu où gisait le saint trésor, en s'écriant : — Ici, ici, ici, tu trouveras mon corps ; et, afin que tu ne t'imagines pas que c'est un fantôme qui t'abuse, tu reconnaîtras que ce que je dis est vrai à ce signe : aussitôt après que mon corps
I Quem quora reverendus vlr interrogaret, qaUeiaet qui Uliâ fibi injungeret, aïl : Ego lum Ilispaniarum doclor, hujuacemodl urbif antiiles Uidorus. H*c dicena ab ocuiis cernenUs eyanuii (ttonacb. Silenj. Chr., nom. 97, in fine.)