‹ Histoire d'Espagne, 5Chapitre 15 sur 282 · CHAPITRE DIX-HIITIÏ · texte numérisé non relu

CHAPITRE DIX-HIITIÏ

mi

musulmane. Maîtres en ce moment , les Slaves dominaient Mohammed, et ils firent exiler plusieurs nobles scheiks des Zénètes et même des Arabes qui leur déplaisaient. Wadhab fit donner en même temps les principales charges de l'état aux Slaves ses compatriotes. L'intérêt du khalife était de garder près de lui ses alliés de l'Espagne orientale; mais on sema des bruits sinistres, on répandit que le khalife voulait se défaire des chrétiens échappés au fer des Berbers à la bataille du Guadiaro, et qui pour lors habitaient Gordoue. Raymond, que les Arabes appellent Arramoundy, tint compte de ces bruits, et, malgré les protestations et les assurances du khalife, prit congé de lui, et repartit pour Barcelone. C'est par erreur que Gonde appelle le général des chrétiens Armengudîx.Conde n'accuse d'ailleurs personne nominativement d'avoir excité la défiance de Raymond de Barcelone. Nous ne croyons donc point qu'il puisse être permis de dire, eu parlant du Slave Wadhah, comme on l'a fait récemment, que ce fut lui qui, •< semant partout ses trames ténébreuses, parvint à faire croire au comte Raymond de Barcelone que Mohammed songeait à se défaire de ses auxiliaires chrétiens. » Raymond jugea prudent de se retirer; il pouvait craindre en effet quelque soulèvement populaire excité par un excès de zèle religieux de la part des fakihs; mais il ne partit pas de Gordoue brouillé avec Mohammed. Loin de là : il se chargea d une lettre pour le fils du khalife, pour Obeïdallah, wali de Tolède, que son père appelait au secours de Gordoue assiégée par les Africains2.

Mohammed et Wadhah demandèrent aussi des secours aux vt alis de Mérida et de Saragosse et aux alcaydes des frontières; mais tous s'excusèrent sous divers prétextes. Le peuple était persuadé que Dieu ne serait poiut favorable au parti

» Coode, c. 106.

2 lbid., 1. c.

de Mohammed, à cause de son alliance avec les infidèles, et de tous côtés on le lui reprochait. « L'estime et l'amour du peuple, dit à ce propos 1 historien musulman, suivent le vent de la fortune; il ne juge et ne pèse les actions que d'après le succès; le méchant qui triomphe est un héros; l'homme juste et bon vaincu est un infâme, digne de la potence1. «

Cet état de choses dura toute l'année 401 (1010—1011). Les Africains , accoutumés à la vie nomade , hivernèrent cette année sur les hauteurs ou Alxarafes de Cordoue, et, le printemps venu, dirigèrent leurs algarades de tous côtés, partout où il y avait quelque chose à piller ou une vengeance à satisfaire. Pendant tout le cours de l'année 402, l'Andalousie continua de souffrir les ravages de la peste et les tournions et afflictions de la guerre civile. Les provisions manquaient à Cordoue , les maux s'aggravaient , et le mécontentement général augmentait ; les habitans qui le pouvaient abandonnaient la ville et fuyaient dans les montagnes ou dans les petits villages voisins. La disette et la peste vinrent en aide à Souleïraan, à ce point que Mohammed, désespéré, ne savait plus quel parti prendre ni à qui recourir. Dans cette extrémité, Wadhah, ne prenant, à ce qu'il semble, conseil que de lui-même, et sans ordre spécial d'El Mahady, tira de sa prison le malheureux Heseham, le dimanche septième jour de la lune de djoulhedjah 402 (29 juin 10I2)2, et le fit présenter au peuple dans la maksoura de la grande Aljama. Toute la ville s'émut à la nouvelle que Heseham vivait encore, et, en le voyant, il semblait à tous que ce qui se passait était un songe. Une multitude immense accourut devant la mosquée, où le Slave Wadhah leur montra leur ancien khalife, qu'ils proclamèrent avec les plus sincères démonstra-

i Coude, c. 107.

* Coude porte le 7 de djoulhedjnb 400; mai;* celte date est évidemment fausie. Nom dirou* tout è l'heure pourquoi.

Page 1